Horreur et errements

jeudi, 09.01.2020

Alain Max Guénette*

Alain Max Guénette

Un scandale a éclaté grâce à la parution il y a une dizaine de jours de l’ouvrage de Vanessa Springora: «Le consentement». Son sujet renvoie à la nécessaire protection des préadolescents dans la fragilité de l’âge face à des agissements d’adultes pervers. La question centrale revient à se demander ce que vaut un consentement dans une relation dissymétrique sujette à abus de pouvoir? Précisons les coordonnées du scandale.

Lors d’une émission de télévision littéraire (Apostrophe) au début des années nonante, trônait un écrivain pédophile (plus justement dit aujourd’hui: pédocriminel) amusant le plateau en contant ses aventures prédatrices auprès de très jeunes garçons et filles, victimes, comme Madame Springora l’a été. Honneur à l’écrivaine Denise Bombardier qui, seule, ne s’amusait pas, interpelant vivement l’abject écrivain. Choc et sidération de la part de nombreux téléspectateurs sans prises, mais qui font la différence entre un ouvrage érotique et un ouvrage pornographique, ledit écrivain évoluant clairement dans la seconde catégorie.

Madame Springora a été victime d’un écrivain pédocriminel qui a profité de complicités inouïes pour assouvir ses fantasmes.

L’auteure raconte dans son ouvrage sa malheureuse rencontre avec le prédateur et l’expérience d’emprise qu’elle a subie de la part d’un prédateur qui ne manque pas de lui rappeler la figure de l’«ogre» dans les contes. Être superficiel et vide, il se nourrit de la substance des autres en profitant d’états de faiblesse: famille désunie, père absent, mère dépassée et aux repères flous… Dé-personnifié, déréalisé, il n’a qu’un but: détruire l’autre jusqu’à le rendre fou!

Madame Springora raconte dans son ouvrage le sentiment d’horreur d’avoir été trompée et violée. Abandonnée des adultes. Pensons au célèbre écrivain E. Cioran sur lequel Vanessa Springora croit pouvoir compter et qui lui rétorque qu’elle a la chance de vivre avec un artiste et qu’il faut qu’elle le serve!? Dépossession, dessaisissement et pour compléter l’horreur: complicité à tous les étages. L’ouvrage met au jour les ressorts et la mauvaise haleine de la domination.

Quelques considérations. Une telle rencontre peut arriver à n’importe qui. Pour s’en relever et se reconstruire, il faut pouvoir compter inconditionnellement et durablement sur des amis; des «bonnes rencontres» dit l’auteure. (Laissons les immondes complices dudit écrivain du minuscule milieu de l’édition à leurs coupables errements, eux qui n’ont pas vu le danger qu’il y a à réaliser des fantasmes et ne peuvent sans doute plus se voir dans une glace.) Ce n’est pas une question d’époque comme certains voudrait le faire croire. Certes, le rejet viscéral de points de vue moralisateurs explique sans doute l’impuissance à agir de la part de personnes en désaccord pourtant avec l’ignoble, mais un manque de discernement est un manque de discernement! 

Une anecdote pour finir. Le portrait récent de Madame Springora, paru dans un quotidien autrefois thuriféraire d’idées pédophiles, a été confié au journaliste qui avait écrit il y a quinze ans un autre portrait, élogieux, admiratif…, celui de l’écrivain pédocriminel qui l’a meurtrie. Manque de tact? Inconscience?...

* Ancien professeur, HE-Arc/HES-SO






 
 

AGEFI




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