Le SIHH a poursuivi sa mue: plus de comm, plus de vues, moins d’infos

dimanche, 20.01.2019

Haute Horlogerie. Davantage de visiteurs et meilleure visibilité sur les réseaux sociaux: la 29e édition du SIHH a répondu aux attentes des marques.

Michel Jeannot

Fabienne Lupo, directrice du SIHH, et l’influenceur chinois BoyNam durant le live vu par plus de 10 millions de personnes.

Alors que les salons horlogers sont l’objet de toutes les interrogations depuis plus de 18 mois, que la question de leur survie est parfois discutée, la 29e édition du SIHH a répondu en partie à ces inquiétudes et interrogations. Si la fréquentation est en augmentation de quelque 15% à 23.000 visiteurs, l’essentiel est sans doute ailleurs pour la direction du salon. 

Pour la première fois dans l’histoire du SIHH, le nombre de VIP, de célébrités et de clients privés a dépassé le nombre de détaillants et de représentants des points de vente. Ce qui démontre que la dynamique vers un salon davantage orienté vers le client final trouve aujourd’hui une véritable concrétisation. «Ce que nous avons mis en place pour renforcer le caractère B to C du salon porte ses fruits», se réjouit Fabienne Lupo, présidente et directrice générale de la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH), en charge de l’organisation du salon. Et de souligner: «Cet objectif était une demande claire des marques exposantes. Et nous poursuivrons naturellement dans ce sens à l’avenir».

Si le SIHH a dû faire face cette année au retrait de Van Cleef & Arpels (groupe Richemont), il verra l’an prochain les marques Audemars Piguet et Richard Mille également quitter le navire. Sachant par exemple que Stéphane Bianchi et Frédéric Arnault (pour le groupe LVMH) ont notamment été vus à Palexpo la semaine dernière, les partants seront-ils remplacés? «Aucune décision n’a été prise quant à savoir si nous intégrerons ou non de nouvelles marques l’an prochain,» indique Fabienne Lupo.

1,2 million de followers en live

Dans sa quête de nouveaux publics et de notoriété, le SIHH a multiplié les initiatives. Si les équipes TV n’ont jamais été aussi nombreuses à couvrir l’événement, les «influenceurs» ont également participé à cette visibilité nouvelle. Et parmi, deux stars des réseaux sociaux chinois, BoyNam (près de 7 millions de followers sur Weibo) et Peter Xu, influenceur mode et lifestyle que suit une communauté de 8 millions de followers sur Weibo. 

Avec un direct de près d’une heure, le premier nommé a touché plus de 10 millions de contacts, dont 1,2 million au pic de son streaming en live. Quant à Peter Xu, convié au SIHH pour une conférence sur les réseaux sociaux chinois, il résumait assez bien la mutation en cours: «à l’image d’une fashion week qui vit autant par l’événement en lui-même que par sa diffusion médiatique dans le monde, le SIHH est en train d’opérer un virage. Certes, nous n’en sommes évidemment pas à ce que nous connaissons dans la mode mais, en Chine, les célébrités qui viennent ici au SIHH et les influenceurs qui en parlent font que ce salon commence à connaître une réelle notoriété chez nous.»

C’est précisément ce que recherche les organisateurs, qui entendent, notamment par une série de conférences données à l’auditorium, «devenir peu à peu le» Davos «de l’horlogerie, précise Fabienne Lupo. Le SIHH diffuse toujours davantage de contenu, il doit être un lieu d’annonces des marques (ndlr: à l’image de Panerai qui a choisi de dévoiler lundi dernier au SIHH son partenariat avec Luna Rossa). En poursuivant dans cette voie, nous entendons devenir le véritable forum de la haute horlogerie.»

Communication unidirectionnelle

Toutes ces mutations en cours ont une conséquence majeure: ce salon devient clairement une plateforme de communication unidirectionnelle au détriment de la plateforme d’information qu’il a pu être il y a quelques années. Ainsi, les marques exposantes (et plus particulièrement les marques du groupe Richemont) se bornent à présenter leurs nouveautés tout en gardant un silence convenu sur toutes les autres problématiques en lien avec cette industrie. 

Au-delà de cette posture difficilement défendable, les transformations positives que connaît le SIHH suffiront-elles à redonner une raison d’être à ces salons régulièrement décriés depuis 18 mois? En guise de réponses, quelques réalités méritent d’être rappelées. 

«Si nous n’en avons pas toujours conscience ici en Suisse, l’horlogerie demeure une micro-industrie à l’échelle de la planète, résume ce cadre de Richemont. Si elle ne parvient pas à se fédérer et à proposer un événement majeur dans l’année ou deux qui se suivent (ndlr: comme ce sera le cas dès l’an prochain avec Baselworld qui suivra immédiatement le SIHH), l’horlogerie suisse n’a aucune chance d’avoir la moindre visibilité à l’échelle mondiale.» Qui plus est, la disparition des salons ne profiterait qu’aux plus grands acteurs, les seuls capables d’intéresser détaillants, mais surtout influenceurs, médias et clients privés, et de les attirer à leurs présentations privées.

Forts de ce constat, le SIHH et Baselworld ont été contraints de réagir. Et sont parvenus en quelques mois à faire ce qui semblait impossible depuis des années: soit harmoniser leurs dates pour que les deux manifestations se succèdent sans interruption. Le SIHH aura donc lieu du 26 au 29 avril 2020, suivi par Baselworld du 30 avril au 5 mai.






 
 

AGEFI



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