Les bonnes nouvelles sont-elles encore bonnes?

lundi, 01.07.2019

Guerre commerciale. Un compromis a minima pourrait aboutir à plus long terme à un résultat plutôt ambivalent.

Olivier de Berranger*

Un nouveau «cessez-le-feu». C’est ce qu’il faut retenir de la rencontre cruciale, tenue en marge du sommet du G20, entre Xi Jinping et Donald Trump. Alors que le président américain avait passé la semaine à réitérer ses menaces et que l’on attendait des exigences drastiques de la part de son homologue chinois, chacun semble avoir effectué un pas vers l’autre.
A la suspension unilatérale des droits de douane punitifs demandée par Xi Jinping, Trump a répondu en s’engageant, pour l’instant, à ne pas en ajouter de nouveaux. Le leader chinois avait également réclamé la suspension de toutes les restrictions impactant Huawei, notamment la possibilité pour le groupe technologique chinois d’acheter des produits américains. Donald Trump a accédé à sa demande mais a cultivé le flou, en déclarant que Huawei sera autorisé à acheter des produits «qui ne menacent pas la sécurité nationale».
Tout est donc affaire d’interprétation. Enfin, Xi Jinping semble être revenu sur son exigence de mettre fin à l’obligation d’acheter plus de produits américains, Donald Trump ayant affirmé que la Chine allait commencer à acheter «d’importants montants de produits agricoles».
Un compromis a minima qui permet de reprendre les discussions, sans toutefois aborder les sujets de fond tels que le transfert de technologie ou la propriété intellectuelle.
Ce scénario, positif à court terme pour les marchés, pourrait néanmoins aboutir à plus long terme à un résultat plus ambivalent. La hausse de ce début d’année est en effet essentiellement due au tournant très accommodant des banques centrales, justifié par la faiblesse des chiffres macroéconomiques ainsi que par le risque lié aux tensions commerciales. Un changement de pied auquel les marchés ont totalement adhéré, anticipant même jusqu’à trois baisses de taux par la Fed d’ici la fin de l’année.
Un apaisement du conflit commercial ôterait toutefois aux banques centrales un argument majeur pour justifier un important revirement. Couplée à une stabilisation, et même à une légère amélioration des chiffres macroéconomiques, la situation pourrait conduire les banquiers centraux à réagir de manière sensiblement différente aux anticipations de marché. Le dernier trimestre 2018 est un exemple récent des conséquences qu’une déception sur la politique monétaire peut avoir sur les marchés.
Le dénouement de la rencontre Xi/Trump ne devrait probablement pas empêcher la Fed de baisser au moins une fois ses taux lors de sa réunion de juillet – a fortiori après la publication des chiffres très déprimés des enquêtes manufacturières régionales. Mais la banque centrale des Etats-Unis pourrait ne pas aller au-delà.
Le ton de la reprise des discussions entre représentants chinois et américain, ainsi que les prochaines publications économiques seront déterminants. Tout comme l’attitude de D. Trump à l’égard de la Fed. Après l’avoir critiquée de façon virulente et s’être attaqué directement à son directeur Jerome Powell, le président américain met l’institution dans une position délicate.
En baissant fortement les taux, comme le réclame Donald Trump à grand renfort de tweets, elle pourrait voir naître des doutes sur son indépendance vis-à-vis de la sphère politique. Et alors que les tensions commerciales semblent pour un temps s’apaiser, une légère amélioration des données économiques fournirait à la Fed le prétexte idéal pour ne pas baisser ses taux au-delà d’un ajustement cosmétique, lui permettant de réaffirmer son indépendance à l’égard de la Maison Blanche.
Les marchés seraient alors con­traints de revoir nettement leurs anticipations, ce qui ne se ferait pas sans heurts. Et ferait de la bonne nouvelle supposée que constitue la reprise des discussions sino-américaines une mauvaise nouvelle pour les marchés.

Accenture: tous les feux au vert

Le géant du conseil a publié de très bons résultats au titre du 3e trimestre de son exercice, et en a profité pour revoir à la hausse ses objectifs. Hors effet de change, le chiffre d’affaires progresse de 8,4%, dépassant autant les attentes du marché que les objectifs de la société. Tous les marchés finaux participent à la croissance des ventes, avec des hausses particulièrement notables au sein des segments?Resources? (+19%),?Products? (+8%) et?Communication, Media & Tech? (+7%).
Au niveau géographique, ce sont les nouveaux marchés (émergents notamment) qui progressent le plus, avec des ventes en hausse de 13%. La rentabilité suit, avec une marge opérationnelle ressortie à 15,5%, en progression de 20 points de base sur un an, en partie tirée par une marge brute en hausse de 60 points de base sur la même période. Seul bémol, la baisse de 21% des réservations dans le segment d’externalisation.
Rappelons néanmoins que, historiquement, celles-ci ont fait l’objet de fortes fluctuations d’un trimestre à l’autre. Le groupe a profité de la publication de ces bons chiffres pour relever ses objectifs pour l’exercice 2019 (qui clôturera en août), prévoyant notamment une hausse du chiffre d’affaires de 8 à 9% contre 6,5 à 8,5% précédemment. En forte hausse depuis le début de l’année, le titre ACCENTURE traite à un P/E de 23,4, légèrement supérieur à sa moyenne historique mais en cohérence avec sa prime de long terme par rapport au S&P 500. Nous conservons nos positions dans Echiquier Major SRI Growth Europe.

* CIO, La Financière de l'Echiquier






 
 

AGEFI



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