Quels facteurs pour ranimer l’appétit au risque?

jeudi, 20.09.2018

Guerre commerciale. Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine pourraient devenir permanentes: une donnée que les marchés financiers devront intégrer.

Fabiana Fedeli*

Des manifestations d’anxiété ont commencé à faire surface au trimestre dernier alors que les fondamentaux étaient encore solides et les progressions de bénéfices, à quelques exceptions près, élevées. Un trimestre plus tard, tous les symptômes de l’aversion généralisée au risque sont présents: les marchés développés sont de nouveau plus performants que les marchés émergents, et, parmi les marchés développés, les États-Unis dominent.

Les marchés ont de bonnes raisons d’être méfiants car les menaces qui se profilent à l’horizon sont multiples. Elles émanent  d’une Fed plus agressive, de conflits commerciaux qui durent et de préoccupations géopolitiques, en particulier dans les pays émergents et en Europe. Aucune de ces menaces prises individuellement ne pourrait stopper la croissance mondiale, mais, mises ensemble et poussées à leurs extrémités, elles pourraient changer la donne.

Le cycle de resserrement de la Fed n’est pas en lui-même négatif pour les marchés, pour autant qu’il réponde à une embellie économique. Par contre, s’il n’est utilisé que pour contrer l’inflation, il aurait probablement un impact négatif. Par conséquent, si les conflits commerciaux actuels dégénèrent vers une guerre commerciale, nous serons confrontés à un resserrement monétaire  rendu nécessaire par l’inflation américaine et ce, au moment même où le cycle de croissance mondiale se retourne.

Comment évolueront les conflits commerciaux?

La principale question à se poser est de savoir comment évolueront des conflits commerciaux, en particulier entre la Chine et les États-Unis. Nous venons d’assister à la mise en place des premières augmentations des droits de douane. Fondamentalement, leur impact a été faible tout comme devrait l’être celui des prochaines augmentations qui devraient devenir rapidement effectives. L’essentiel viendra plus tard: du fait de l’importance des enjeux pour les deux pays, des négociations sont probables mais elles seront très délicates. Les présidents Xi et Trump devront tous deux faire montre d’une certaine fermeté, le premier pour faire passer des réformes difficiles et le second, pour aider son parti à remporter les élections de mi-mandat.

Cependant, si ces négociations n’aboutissaient pas et qu’une guerre commerciale éclate, les marchés pourraient être doublement affectés. D’un côté, les bénéfices en pâtiraient du fait que les importateurs ou les exportateurs seraient, selon leur situation, défavorisés par les nouveaux droits de douane. D’un autre côté, les pressions inflationnistes s’intensifiant aux États-Unis, la Fed devrait relever ses taux pour enrayer l’inflation.

Comme cela est souvent le cas, le résultat sera binaire: la guerre commerciale aura lieu ou pas. Compte tenu du sentiment actuel, des nouvelles positives sur le front des conflits commerciaux pourraient déclencher un rallye. Cependant, pour les marchés développés, nous sommes devenus moins optimistes: faute de nouvelles positives à propos des conflits commerciaux, la volatilité devrait restée élevée, car le marché intègre des risques accrus d’escalade alors que les banques centrales réduisent leur soutien à l’économie.

L’attentisme est de mise

Sur les marchés émergents, le sentiment s’est détérioré. Depuis mai, ces marchés ont subi des sorties de capitaux et les écarts de rendement des obligations émergentes se sont élargis. La plupart des investisseurs internationaux vont adopter une position attentiste. En effet, même si la Chine et les États-Unis parviennent à un accord, la situation restera conflictuelle du fait que les relations politiques et économiques entre les deux pays ont radicalement changé.

En mai 2000, lorsque la Chambre américaine des Représentants accordait à la Chine le bénéfice de relations commerciales non-discriminatoires, elle n’imaginait pas les conséquences de ce vote. À l’époque, les élites politiques américaines étaient d’avis que plus l’intégration de la Chine dans le système des échanges mondiaux serait grande, plus le pays s’orienterait vers une économie de marché et se rapprocherait idéologiquement de l’Occident. Au lieu de cela, la consolidation du pouvoir par le président Xi a montré que si la puissance de la Chine dans le monde s’est accrue, son idéologie ne s’est pas rapprochée de celle des États-Unis et rien n’indique qu’elle en prend la direction. L’initiative «Belt and Road» et le «made in China 2025» sont perçues par les États-Unis comme un défi que la Chine lance à l’ordre économique et politique mondial. Par conséquent, les différends entre les deux pays ne cesseront pas avec l’aboutissement des négociations sur le commerce mais ils devraient refaire surface de temps à autre que ce soit à propos des investissements, peut-être de la technologie, et pourquoi pas de la politique, sans oublier bien sûr la question des devises.

Pour que les marchés sortent de leur phase d’appréhension du risque, il serait nécessaire que les tensions commerciales se résolvent. Mais en ce qui concerne les relations sino-américaines, il est difficile de prévoir ce que l’avenir nous réserve. Il est probable que les marchés finiront par s’habituer aux frictions passagères entre les deux pays les plus puissants au monde et, selon l’enjeu de chaque dispute, les marchés choisiront le gagnant.

*Responsable monde pour les actions fondamentales, gérante marchés émergents, Robeco






 
 

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