Grève des femmes, entre exigences pertinentes et avancées inspirantes

jeudi, 13.06.2019

Véronique Kämpfen*

Véronique Kämpfen

Voici venu le jour de la «grève» des femmes. Cette mobilisation permet de mettre en avant les difficultés, les discriminations ou les atteintes à la personne auxquelles font face certaines femmes. Cette prise de conscience est essentielle pour faire bouger les lignes et augmenter la visibilité de sujets clés comme les inégalités salariales ou la violence domestique. Il faut cependant aussi prendre en considération les domaines où la place des femmes a fait un prodigieux bond en avant, comme celui de l’accès à l’éducation et à la formation. 

Cette évolution est très visible dans le taux d’obtention de maturités gymnasiales. A la fin des années 1990, les filles étaient encore minoritaires au gymnase. Aujourd’hui, elles représentent 57% des effectifs. L’écart entre jeunes femmes et jeunes hommes n’a jamais été aussi élevé: 7,6% en faveur des premières. 

L’accès à une filière gymnasiale est très différent d’un canton à un autre. Genève, Bâle-Ville ou le Tessin connaissent un taux de diplômés en maturité de 30% alors que Nidwald ou Glaris sont à 16%. Mais où que l’on se trouve, la tendance en faveur des jeunes femmes est identique. 

De manière globale, on constate une augmentation des maturités. En 2016, près de 40% des jeunes adultes ont obtenu une maturité, tous types confondus, contre environ 30% en 2000. Avec 21,2%, le taux de maturité gymnasiale est supérieur au taux de maturité professionnelle (15,4%). Celui de la maturité spécialisée, introduite il y a 10 ans, est encore faible (3%). Ce sont les maturités professionnelles qui augmentent le plus rapidement. La parité y est presque atteinte, avec 14,8% de femmes et 16% d’hommes. En revanche, les maturités spécialisées, délivrées par l’Ecole de culture générale, voient une forte surreprésentation féminine (5%) contre 1,1% d’hommes. 

Ces différences continuent au niveau de la formation supérieure. En 20 ans, le nombre de diplômées d’une haute école a plus que quadruplé, passant de 9,8% à 42,3%. Le nombre de diplômés a également augmenté, mais dans une moindre mesure, passant de 14,5% à 34,7% entre 1999 et 2008. 

Ce qui frappe surtout dans ces chiffres, c’est la rapidité de l’évolution. Ces prochaines années, il sera très intéressant d’analyser si cette nouvelle génération de femmes très bien formées arrivera davantage dans des positions dirigeantes. Parce qu’il faut se rendre à l’évidence: depuis le milieu des années 1990, la proportion de femmes membres de la direction ou exerçant une fonction de cheffe n’avance que tout doucement. De 29,4% en 1996, elle est passée à 36,1% en 2018. Pour ce qui est de la direction d’entreprise, la stagnation n’est pas loin: 21,4% de femmes dirigeaient une entreprise en 2010, contre 23,9% en 2019. Sur le front des conseils d’administration, les chiffres sont vraiment préoccupants: les femmes étaient 16,8% à être membres de conseils d’administration de sociétés anonymes en 2018, contre 14,8% en 2008, et 8,9% à en être présidentes.

Ces chiffres montrent qu’un mouvement comme celui d’aujourd’hui reste pertinent, à la condition de prendre du recul. Oui, il faut exiger des améliorations là où c’est nécessaire et s’organiser en conséquence. Mais il faut aussi se réjouir des avancées qui ont déjà eu lieu. Elles doivent nous inspirer pour la suite.

* FER






 
 

AGEFI



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