Raréfaction de la liquidité et chocs de volatilité, défis pour les investisseurs

mercredi, 27.03.2019

Gestion obligataire. Aborder la classe d’actifs sur trois axes: augmentation de la duration, réexposition progressive au risque crédit et recherche de liquidité.

Christel Rendu de Lint*

Au regard de la «normalisation» de la croissance économique, de la fin du resserrement monétaire des banques centrales et de la recrudescence de la volatilité, il est utile pour les gestions obligataires d’aborder la classe d’actifs selon trois axes majeurs: l’augmentation de la duration, une réexposition progressive au risque crédit et la recherche de liquidité.

Le scénario d’une récession en 2019 est à écarter

Comme en 2018, la croissance économique mondiale devrait poursuivre, cette année encore, sa trajectoire de «normalisation». Cette tendance se traduit par un retour des indices d’activité PMI mondiaux dans leur fourchette moyenne des six dernières années (entre 50 et 53 points), 2017 ayant fait figure d’exception avec un pic à près de 55 points. Le taux de croissance du PIB mondial est anticipé à 3,4% cette année, un niveau également proche de la moyenne de ces dernières années. A ce stade le scénario d’une fin de cycle économique et d’une récession en 2019 sont par conséquent à écarter et il est plus juste d’évoquer une forme de ‘soft landing’ propre à un régime de stabilisation de la croissance.

2019, vers un nombre record de pics de volatilité?

La normalisation conjoncturelle en cours s’accompagne, depuis quelques semaines, d’une nouvelle ligne de conduite des banques centrales qui ont opéré un véritable revirement en matière de politique monétaire. Pragmatiques, la Fed et la BCE ont affiché des positions beaucoup plus accommodantes, les éloignant de fait du resserrement monétaire qu’elles avaient entrepris: en somme, un changement de cap rapide et synchrone de la part des deux banques centrales. En ce qui concerne la Fed, le revirement est considérable tant en termes de d’évolution des taux directeurs que de  «forward guidance». La banque centrale américaine a totalement conditionné son action à l’évolution de l’inflation, or cette dernière reste inerte, incitant donc la banque centrale à stopper pour lors son processus de remontée des taux. Aux Etats-Unis, l’inflation core est loin d’atteindre durablement l’objectif de 2% de la Fed: selon les projections, son niveau pourrait refluer à 1,6% d’ici la fin d’année.

Globalement positives, les perspectives macroéconomiques ne devraient toutefois pas suffire à épargner les marchés financiers d’une recrudescence de chocs de volatilité.Depuis plusieurs trimestres, la fréquence et l’amplitude accrues des séquences de stress présentent un caractère assez exceptionnel, comparable aux chocs de 2008.

Manque de liquidité grandissant

Ces pics de volatilité s’expliquent par des raisons contextuelles relatives à l’aléa géopolitique ou politique, à l’image du conflit commercial sino-américain, de l’incertitude politique en Italie ou d’un Brexit encore inextricable. Ils s’expliquent également par un manque de liquidité grandissant, un facteur technique et structurel pour l’évolution des marchés. Par exemple, la profondeur du marché actions américain (indice S&P 500) a atteint des niveaux historiquement bas en 2018, cette raréfaction de la liquidité a exacerbé la correction de décembre dernier. A ce rythme, les chocs de volatilité pourraient atteindre un nombre record en 2019!

*Responsable de la gestion obligataire chez UBP






 
 

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