Après l’apparition du coronavirus, que penser des marchés émergents?

mardi, 17.03.2020

Gestion de fortune. Au début de l’année, les gestionnaires d’actifs étaient prêts à adopter une attitude favorable vis-à-vis des marchés émergents, et cet optimisme semblait bien placé.

Mathieu Saint-Cyr* Alain Chevée**

Mathieu Saint-Cyr et Alain Chevée

Les actions des marchés émergents ont terminé l’année 2019 sur une note positive avec une hausse de 18,4% en dollars américains. 

À ce moment-là, la plupart des prévisions s’accordaient sur le fait que le dollar allait s’affaiblir et, les banques centrales étant de plus en plus réticentes à réduire les taux d’intérêt, que la croissance des marchés développés allait ralentir, rendant les marchés émergents encore plus attrayants.

Aujourd’hui, avec l’apparition du coronavirus qui a provoqué des perturbations majeures de l’activité économique en Chine et sur d’autres marchés asiatiques, il est intéressant de voir s’il y a encore des raisons pour les investisseurs de rester positifs à l’égard des marchés émergents.

Un début d’année difficile

Il ne fait aucun doute que l’épidémie de coronavirus sera douloureuse à court terme pour ­certains marchés émergents. Et le fait qu’une grande partie de l’activité économique de la deuxième économie mondiale ait fermé ses portes ne peut que le garantir.

À l’heure actuelle, il semble que l’impact pourrait encore se dissiper avant l’été. 

Malgré la gravité de l’épidémie, il est possible, mais pas garanti, qu’elle sera contenue d’ici quelques mois et que les industries touchées reviendront à la normale. Cela libérerait à son tour les flux de capitaux et permettrait un retour au scénario envisagé au début de l’année. De même, les produits de base des marchés émergents devraient connaître un rebond lorsque la situation se stabilisera. 

Dans ces circonstances, les actifs des marchés émergents pourraient bien être la meilleure option disponible à l’heure actuelle.

Les craintes que le virus ne freine la croissance mondiale ont fait baisser les rendements des obligations du Trésor, tandis que des années de politiques «d’argent facile» de la part des banques centrales ont rendu la chasse aux rendements élevés plus difficile que jamais. 

Dans ce contexte, la dette des marchés émergents continue de surpasser les autres catégories d’actifs et il n’est donc pas étonnant qu’au début du mois de février les flux vers les fonds de dette des marchés émergents s’élevaient à environ 10 milliards de dollars américains.

Une fois que la crise autour du Coronavirus se sera calmée, certains actifs des marchés émergents pourraient même connaître des rendements supérieurs à ceux prévus au début de l’année. Par ailleurs, si les banques centrales réagissent au virus par des plans de relance, il pourrait y avoir un rallye «suralimenté» pour les monnaies locales. La Thaïlande, Singapour et les Philippines ont en effet déjà réduit leurs taux ou ont exprimé leur volonté de le faire.

Au-delà de la crise

En dehors de l’incertitude causée par l’épidémie de coronavirus, les perspectives pour les marchés émergents restent donc fortes. Et même si JP Morgan prévoit que la croissance chinoise continuera à ralentir, la société pense que d’autres marchés compenseront cette décélération. En conséquence, la croissance des marchés émergents pourrait s’accélérer, passant de 4,1% en 2019 à 4,3% en 2020.

Les monnaies émergentes fortes, quant à elles, sont prêtes à offrir des rendements d’environ 8%, avec un chiffre plus proche de 11% pour la monnaie locale. En outre, puisque aucun signe d’amélioration du scénario de faible croissance des pays développés n’est perceptible dans un avenir proche, la prime de croissance des marchés émergents continuera de s’accroître pendant le reste de l’année 2020. 

L’élément essentiel de cette prime réside dans le fait que les marchés émergents sont aujourd’hui plus résistants qu’ils ne l’étaient autrefois grâce à des exportations de plus en plus sophistiquées et à des niveaux toujours plus élevés d’échanges intra-marchés émergents.

Avertissement de la croissance 

Il y a, cependant, une mise en garde à ne pas ignorer. Si la croissance mondiale se détériore suffisamment en raison de la baisse des bénéfices des entreprises, les investisseurs pourraient se replier sur la sécurité relative du dollar, et donc délaisser les économies émergentes. Une autre possibilité pourrait être l’augmentation des défaillances d’entreprises en raison d’un manque de liquidités. Il convient de rappeler que les réserves de liquidité des entreprises sont souvent comprises entre un et deux mois seulement.

Avec les élections américaines de novembre en vue et le désir d’une reprise rapide après la crise du coronavirus, les États-Unis et la Chine seront contraints de jouer franc jeu, ce qui améliorera encore les perspectives des économies émergentes.

*Managing Director, Head of Asset Management, Geneva Management Group

**Director, Geneva Management Group






 
 

AGEFI



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