Agir avec patience mène vers davantage de rendement

jeudi, 31.01.2019

Gestion d’actifs. Investir activement peut porter ses fruits, à condition d’être bien organisé et de se montrer patient.

Georg von Wyss, Thomas Braun*

Si les stratégies actives et passives sont concurrentes, elles ne promettent en revanche pas le même résultat. Les gestionnaires actifs tentent d’augmenter l’indice de référence choisi selon les coûts. Les véhicules passifs quant à eux, qu’il s’agisse de fonds indiciels ou d’ETF, promettent uniquement la performance de leur indice de référence, déduction faite des frais nettement inférieurs à ceux des stratégies actives. De nombreuses études prouvant que les gestionnaires actifs rendent en général moins que l’indice, l’investissement passif attire de plus en plus d’argent.

Les gestionnaires actifs ont malgré tout une raison d’être. Les gestionnaires actifs conventionnels, à savoir la grande majorité, ne parviennent effectivement pas à tenir leurs promesses sur une période prolongée. Cela est dû en partie aux gestionnaires eux-mêmes, mais dans beaucoup de cas aux clients. De nos jours, c’est à la mode, notamment chez les investisseurs professionnels d’une certaine importance, d’exiger après un ou deux ans une performance meilleure que l’indice comparatif ou légèrement inférieure.

Primes de value attractives

Bien qu’il existe au moins une stratégie apportant des rendements supplémentaires – à savoir le value investing – nombre de bons gestionnaires ne parviennent pas à la suivre. Value investing signifie acheter exclusivement des titres négociés au-dessous de leur valeur équitable. De telles possibilités de placement existent toujours dans les actions individuelles et souvent dans des secteurs entiers, et parfois le marché dans son ensemble est sous-évalué. Des études académiques prouvent que ce style apporte un rendement supplémentaire d’au moins un à trois points de pourcentage par rapport à l’ensemble du marché.

Robert Shiller a obtenu en 2013 le Prix Nobel pour avoir prouvé que le marché peut être évalué de façon erronée sur le long terme (ce qui vaut naturellement aussi pour les titres individuels). Les investisseurs valuer réalisent des rendements supplémentaires parce qu’ils utilisent ces excès ver le bas, et ce quand bien-même ils doivent s’attendre à des phases de sous-performance de plusieurs années lorsque des titres déjà chers tirent le marché vers le haut. Si les clients n’acceptent pas cela, le gestionnaire de portefeuille les perd, voire perd son travail. Pour lui, donc, le comportement rationnel dans cette situation est toutefois bien plus «index-hugging» – à savoir faire comme si on adoptait des positions divergentes alors qu’en vérité on réplique l’indice.

S’écarter de l’indice

Il existe cependant une minorité de gestionnaires de portefeuille s’écartant fortement de l’indice dans leur approche. Il est prouvé qu’il s’agit là d’une manière de générer une surperformance. Des études montrent que les boutiques fournissent une meilleure performance que les grandes sociétés de fonds, et que les gestionnaires qui réussissent ont investi une grande partie de leur propre argent dans leurs fonds. Nos propres recherches ont révélé que les fonds qui sont supérieurs à la moyenne sur dix ans auront tendance à figurer parmi les gagnants, y compris pendant les dix ans à venir. 

A vrai dire, ces fonds ont livré au cours de la seconde période de dix ans deux à quatre ans de sous-performance, souvent consécutifs. S’ils n’ont néanmoins pas été clos (ce qui arrive d’ailleurs à quelque 80 % des fonds), c’est manifestement parce qu’ils ont suffisamment de clients fidèles. Ceux-ci ne rêvent pas de battre l’indice chaque année, mais ont la patience de réaliser un rendement excédentaire à long terme.

La performance à long terme compte

Les investisseurs indiciels participent mécaniquement à toutes les phases du marché, ce qui n’est naturellement pas une erreur dans un marché sous-évalué. En revanche, dans un marché cher, ils achètent contre toute raison les titres chers qui dominent presque toujours l’indice. En effet, avoir une performance d’indice signifie également ignorer des chances manifestes. Ainsi, les investisseurs ayant acheté passivement l’indice du marché mondial des actions MSCI entre 2000 et 2015 n’ont rien gagné avant les frais. En investissant dans un fonds géré dans le style actif, les investisseurs ont dans la même période plus que triplé leur mise après les frais. 

Pour les clients cherchant à tout prix une performance indicielle, les produits passifs sont idéaux. Ils conviennent également pour la couverture de marchés ou de régions dans lesquelles on ne trouve pas de bons gestionnaires. Pour les investisseurs qui veulent plus de rendement, il existe encore des gestionnaires actifs non conventionnels. On les reconnaît à leur performance à long terme, mais pas forcément à court terme.

*Gestionnaires de portefeuille Classic Funds, BWM AG, Wollerau






 
 

AGEFI



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