Le moment idéal pour saisir la responsabilité sociétale

dimanche, 28.06.2020

Gestion d’actifs. Il faut se demander si les fonds de pension, et non les banques, sont des agents de risque systémique.

Jean-François Hirschel*

Jean-François Hirschel

Dans un mon­de aussi difficile à lire, l’é­ven­tail des anticipations d’investissement des gestionnaires d’actifs est très large et va d’un pessimisme extrême à une légère pincée d’optimisme. Tout le monde s’attend à ce que les gestionnaires d’actifs publient de telles anticipations, même s’il est difficile de résoudre une équation comportant autant d’inconnues.

La responsabilité des gestionnaires d’actifs est en fait beaucoup plus large: dans un monde où tant de choses doivent être repensées, la responsabilité sociétale des gestionnaires d’actifs n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui. 

Il n’est guère possible d’imaginer une industrie qui ait un impact sociétal plus important que la gestion d’actifs. Cet impact est dû à la fois à ce que les gestionnaires d’actifs font pour les investisseurs finaux et à la portée des produits qu’ils gèrent. 

Ce qu’ils font pour les investisseurs finaux est, par exemple, de les aider à atteindre une sérénité financière à la retraite. Ce qui, compte tenu de la structure démographique de notre monde, est une énorme responsabilité sociétale. Les produits qu’ils gèrent ont également un impact social puissant: fournir ou prêter des actifs aux entreprises galvanise l’économie, oriente ses priorités et crée des emplois. 

De plus en plus, cela a une incidence directe sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance.

Il faut se demander si les fonds de pension, et non les banques, sont des agents de risque systémique. L’une des responsabilités sociétales des gestionnaires d’actifs consiste à aider ces fonds de pension à trouver des solutions qui leur permettent de remplir leurs obligations.

De plus, des millions d’entreprises dans le monde, tant publiques que privées, ont besoin de financement pour survivre et créer de l’emploi. Cette crise a mis en lumière tout un ensemble de nouvelles questions sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. La responsabilité des gestionnaires d’actifs sur ces sujets est engagée dès maintenant.

Cette crise montre à quel point le S de ESG est désormais primordial. Autant que le E et le G qui ont pu être le point de mire dans le passé, le S est maintenant au centre1. 

Les événements ont révélé certains comportements privilégiant le profit financier à court terme au détriment de la bonne conduite sociale, voire de la santé et de la sécurité. L’existence même du virus pourrait créer un certain déséquilibre, entre ceux qui sont immunisés et ceux qui ne le sont pas. Tout cela fait du S un paramètre encore plus important à analyser lorsque l’on prend des décisions d’investissement.

Les gestionnaires d’actifs ont un rôle à jouer. Et ce rôle est beaucoup plus large et plus noble que celui de «juste» générer de bonnes performances. Ils devraient endosser ce rôle, l’intégrer à leur identité et l’exprimer clairement dans leur marque.

Une marque solide et bien conçue apporte différenciation, confiance, simplification du choix et pouvoir de fixation des prix. Autant d’attributs qui sont devenus encore plus souhaitables dans un monde Covid-19. Elle est aussi l’expression de la culture de l’entreprise et la crise actuelle offre un exemple concret de la manière dont une culture clairement réfléchie et exprimée peut être un catalyseur.

Au cœur de la marque se trouve la Raison d’Être: pourquoi l’entreprise est là, pourquoi elle existe. C’est le noyau spirituel qui rayonne de l’intérieur et forme le tissu conjonctif et les muscles qui façonnent et animent la culture unique de l’entreprise.

Le secteur de la gestion d’actifs est soumis à une immense pression. Au-delà des performances qu’il génère, le public attend qu’il assume ses responsabilités sociétales. C’est une immense opportunité pour cette industrie d’être perçue comme le moteur de ce qui va bien, plutôt que comme le bouc émissaire de tout ce qui va mal.

*Fondateur et CEO de H-Ideas, Genève






 
 

AGEFI



...