Quand manquer d’ambition climatique devient une hérésie

jeudi, 27.02.2020

Finance durable. Quelle que soit la sincérité de ces conversions subites, les actions comptent plus que les intentions.

Clément Inbona*

Clément Inbona

En cette saison «hiver 2020», le vert est la couleur en vogue. Que ce soient les entreprises, les investisseurs, les politiques ou les citoyens, tous se parent de vert alors que les records de chaleur tombent les uns après les autres. Les nouveaux Gordon Gekko annoncent: Green is good!

Un exemple parmi les plus incroyables: la pétrolière BP, qui a souillé le Golfe du Mexique pour des années, vient d’annoncer qu’elle visait la neutralité carbone d’ici 2050. Et cela non seulement pour l’extraction, mais aussi que pour la consommation de ses produits énergétiques! Cela implique de se réinventer totalement. Le groupe Total, de son côté, n’a pas a de plan aussi fracassant mais se présente aussi comme le champion de l’énergie propre de demain.

L’un des hommes les plus riches du monde, Jeff Bezos, vient de créer un fonds, le Bezos Earth Fund, doté de 10 milliards de dollars et voué à la protection de la planète... Une initiative personnelle financée sur ses propres deniers. Sa société Amazon, grand émetteur de gaz à effets de serre par ses activités de livraison et son activité cloud, s’est également engagée sur la voie de la neutralité carbone à l’horizon 2040... sous la pression de ses salariés.

Tout récemment, la première banque américaine, JP Morgan, a fait part de ses préoccupations sur «le changement climatique (qui) pourrait affecter la croissance économique, les actions, la santé et la durée de vie des gens». Pour parvenir à des émissions neutres en carbone, la banque appelle de ses vœux l’instauration d’une taxe carbone mondiale afin d’inciter les émetteurs à la modération. Le plus gros gérant d’actifs mondial, Blackrock, vient aussi de s’engager sur certains aspects écologiques... sans bannir toutefois les industries du charbon de ses investissements actifs.

La soudaine prise de conscience du risque climatique par certains des plus gros émetteurs mondiaux de carbone comporte certes une dimension opportuniste. Aujourd’hui, ne pas afficher d’ambition climatique devient une hérésie. Quelle que soit la sincérité de ces conversions subites, les actions comptent plus que les intentions. Si ces initiatives débouchent, même imparfaitement, sur une réelle diminution des émissions de CO2, autant s’en réjouir. Et de fait, le vert n’est plus seulement une mode, mais une tendance de long terme. L’ordre établi devra s’y faire: «Il faut que tout change pour que rien ne change».

Straumann, un rythme de croissance remarquable

Le spécialiste mondial des composants pour la chirurgie dentaire publie une croissance organique de 17% pour le dernier trimestre 2019, soit le 10e trimestre consécutif à plus de 15% de croissance organique. Ce rythme de croissance est d’autant plus remarquable que le groupe bâlois avait enregistré +22% au 4e trimestre 2018 et qu’il a fait face à des problèmes de production au Japon. La marge opérationnelle progresse, à 26,9%, dans un marché qui reste très dynamique. Guillaume Daniellot, le nouveau CEO anticipe pour 2020 une croissance organique «low double digit» et une marge opérationnelle stable. Ces objectifs peuvent sembler prudents compte-tenu du récent historique de l’entreprise et du relèvement, à deux reprises, des objectifs 2019 du groupe. Straumann s’attend à un impact négatif du coronavirus, estimé à 30 millions

CHF sur son chiffre d’affaires (1,5% du chiffre d’affaires du groupe) au premier trimestre 2020, essentiellement dû au report, et non à l’annulation, de commandes. Le nouveau dirigeant a précisé qu’il n’y aurait pas de rupture ni dans la stratégie du groupe, ni dans sa communication, très transparente. Au-delà de ces résultats de bonne facture, on retiendra quelques points stratégiques intéressants sur lesquels est revenu le CEO: la poursuite du déploiement de deux segments à fort potentiel de croissance – les implants intelligents BLX et les implants dits Value – ainsi que la structuration des divisions Orthodontie et Digital avec la nomination de deux nouveaux responsables. Straumann traite sur un multiple de valorisation de 36 fois les résultats 2020 pour une croissance des Bénéfices net par Action d’environ 15% par an.

*Gérant, La Financière de l’Echiquier






 
 

AGEFI



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