Faut-il vraiment s’inquiéter au sujet du Brexit?

mercredi, 23.01.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

La claque subie par la première ministre Theresa May devant la Chambre des Communes (rejet par 432 voix contre 202 de l’accord sur le Brexit) perturbe les marchés. Le point de la situation pour les investisseurs.

Après cette lourde défaite, la livre sterling a rebondi, car les participants aux marchés des changes ont estimé que la probabilité d’un Brexit dur avait diminué. Néanmoins, l’incertitude perdure quant aux modalités du Brexit (sans accord, rupture franche ou rupture en douceur, retard), si tant est que ce dernier se concrétise.

Impact négatif sur l’économie britannique

Selon la Banque d’Angleterre, avec ce scénario, le PIB du Royaume-Uni pourrait se contracter de pas moins de 3%. Dans le pire des cas envisagé par UBS, la livre sterling se déprécierait nettement. Le taux de change GBPUSD pourrait tomber à 1,15 et l’EURGBP atteindrait la parité.

La prudence est donc de mise à l’égard de la livre sterling et il convient de se couvrir contre le risque de baisse à court terme. Néanmoins, cette monnaie devrait s’apprécier à plus long terme.

La zone euro n’en sortirait pas indemne

Pour la Banque Mondiale, une sortie sans accord «constitue un risque pour le Royaume-Uni, l’Europe et leurs principaux partenaires commerciaux». La croissance ralentit en zone euro (seulement 0,2% au troisième trimestre) et l’Allemagne, sa plus grosse économie, flirte avec la récession. Une perte de recettes tirées des exportations pourrait rapprocher encore plus la zone euro d’une récession.

Il existe également un risque de contagion plus large. Le président de la Fed, Jerome Powell, a récemment averti qu’un Brexit turbulent pourrait avoir des répercussions négatives sur l’économie des Etats-Unis, vu l’exposition des banques américaines au système bancaire européen. Par conséquent, les investisseurs très exposés au Royaume-Uni ou à la zone euro feraient bien de réfléchir à leur stratégie de diversification internationale.

Mais l'économie britannique est insignifiante au plan mondial

Le Royaume-Uni ne représente que 2,5% du PIB mondial, tandis que les États-Unis et la Chine pèsent 40% à eux deux. Manifestement, le risque politique lié aux tensions commerciales sino-américaines est plus significatif à l’échelle mondiale que celui lié au Brexit.

Rien n'est encore acquis

Après avoir survécu à la motion de censure la semaine dernière, Theresa May semble désormais privilégier une sortie en douceur de l’Union européenne (UE). Bruxelles a confirmé être ouvert au dialogue sur sa  relation future avec le Royaume-Uni dans le cadre d’une sortie en douceur. L’UE pourrait même faire de nouvelles concessions concernant la clause de sauvegarde en Irlande pour peu que l’initiative vienne de Dublin. Elle pourrait aussi reporter la sortie du Royaume-Uni jusqu’en 2020.

Pour les investisseurs extérieurs au Royaume-Uni et à la zone euro, il est probablement encore trop tôt pour partir à la chasse aux bonnes affaires. Mais dans la plupart des scénarios, les portefeuilles internationaux diversifiés devraient être relativement bien immunisés contre les risques du Brexit.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI



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