Investir en évitant les écueils

lundi, 18.05.2020

Face aux incertitudes quant à l’ampleur de la reprise en 2021, la gestion des risques apparaît d’autant plus primordiale. L’investissement thématique aide à orienter ses placements.

Vincent Jarcsek*

Vincent Jarcsek

Quelle sera l’ampleur du rebond après la chute? C’est la question sur laquelle se penchent tous les macro-économistes, prévisionnistes et experts des marchés à l’approche de la seconde moitié de l’année. Globalement, Exane anticipe un recul du produit intérieur brut (PIB) mondial de 3,2%, suivi d’une nette reprise de la croissance de 6% en 2021. En Europe, une contraction du PIB de 7,3% cette année fera place à un rebond de 5,4% l’an prochain. La Chine devrait, elle, afficher une légère progression de son PIB de 0,7% cette année, suivie d’une reprise de 8,8% en 2021.

La consommation, cette inconnue 

Quant aux Etats-Unis, deux aspects sont suivis avec particulièrement d’attention s’agissant de la première économie mondiale. D’une part, l’évolution du marché du travail: avec 21,4 millions d’emplois détruits en deux mois, les postes supprimés depuis mars sont déjà deux fois et demi plus élevées que le total de 8,7 millions d’emplois éliminés après 25 mois lors de la dernière crise financière. 

D’autre part, il y a l’incertitude au sujet du futur comportement des consommateurs au sortir de la crise. Alors que ­plusieurs pays en Europe ont entamé un processus partiel de déconfinement à la mi-mai, il est impossible de savoir comment se comporteront les consommateurs des deux côtés de l’Atlantique lorsque tous les commerces seront à nouveau ouverts sans restriction. 

Déconnexion entre marchés et économie réelle

Dans ce contexte, le récent rebond des marchés des actions aux Etats-Unis apparaît en complet décalage par rapport à l’évolution des fondamentaux, notamment au vu de la dégradation spectaculaire des indicateurs avancés macro-économiques outre-Atlantique. 

Malgré tout, l’indice S&P 500 limite ses pertes à un peu plus de 9% depuis janvier, alors que la baisse atteint encore 22% pour l’indice Euro Stoxx 50 qui regroupe les principales capitalisations européennes.

Qu’attendre pour la suite? A court terme, l’évolution des marchés des actions dépendra des aspects sanitaires, avec une rechute attendue en cas de deuxième vague de contaminations, ou, au contraire, un rallye en cas d’avancées médicales susceptibles d’ouvrir la voie à un traitement du Covid-19. S’y ajoutent l’action des banques centrales: en Europe, une possible invalidation par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe des programmes de rachat d’actifs de la Banque centrale européenne (BCE) apparaît peu probable. Compte tenu de la réponse apportée par d’autres banques centrales à la crise du coronavirus, la Banque centrale européenne peut aisément justifier auprès de la cour que son action n’a pas été disproportionnée. 

Aux Etats-Unis, les injections de liquidités ont aussi constitué un important soutien au marché. Ultérieurement, la reconnexion entre la situation économique et la dynamique des marchés risque de s’opérer lorsque les investisseurs constateront que la crise a des effets durables plus forts qu’escomptés jusqu’ici – une phase qui sera délicate à traverser pour les marchés. 

L’approche thématique, un guide utile

Comment naviguer au mieux dans un tel environnement? Face aux nombreuses incertitudes, à la fois quant à l’évolution de la situation sur le plan sanitaire et sur l’ampleur de la reprise l’an prochain, une bonne gestion des risques apparaît primordiale. Gérer les risques, c’est d’abord éviter d’avoir des d’entreprises qui font faillite dans son portefeuille. La crise du coronavirus, en plus des difficultés qu’elle occasionnera sur le plan financier pour beaucoup d’entreprises, modifiera aussi notre manière de consommer, ce qui obligera certaines entreprises à adapter rapidement leur modèle d’affaires. Dans ce cadre, l’investissement thématique peut être un guide précieux pour orienter ses décisions de placement. 

L’épidémie du coronavirus a mis en lumière certaines tendances, déjà existantes avant la crise, qui en ressortent renforcées. C’est le cas notamment des thèmes liés à la «localité», comme les solutions facilitant le télétravail ou l’enseignement en ligne. 

La santé constitue aussi un thème clé, notamment en raison des impératifs de réduction des coûts dans le domaine médical. Ce thème englobe non seulement la pharma proprement dite mais aussi les investissements dans les infrastructures hospitalières ainsi que les outils de diagnostic. A terme, le diagnostic gagnera en importance afin que le curatif coûte moins cher. 

S’y ajoute aussi l’ensemble des solutions liées à la gestion de la dépendance. L’immobilier, par exemple, doit s’adapter au vieillissement, ce qui affectera non seulement les nouvelles constructions mais obligera d’adapter le parc d’habitations existant. Enfin, les technologies, très largement mises à contribution durant la crise, resteront un thème clé. Durant la période de confinement, les quantités de données ont explosé, démontrant la nécessité de continuer à investir dans divers équipements, des câbles sous-marins aux antennes de télécommunication.

*Head of Structuring, Exane






 
 

AGEFI



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