Cinq manières d’aborder les marchés du crédit dans une économie américaine en fin de cycle

lundi, 18.11.2019

Face à la faiblesse des taux d’intérêt, les investisseurs continuent de rechercher des sources de rentabilité, et les obligations des entreprises américaines suscitent un grand intérêt.

Damien McCann*

Cependant, dans les dernières phases d’un cycle économique, alors que les différentiels de crédit sont très serrés sur les bons du Trésor américains, comment les investisseurs doivent-ils approcher les marchés du crédit?

1. Dans la situation macroéconomique actuelle, quel positionnement en matière de portefeuilles de crédit?

Les données économiques vont rester un peu faibles aux Etats-Unis. Cette récente modération semble davantage indiquer un recul dans le cycle actuel qu’un début de récession. La Fed conserve une position accommodante. Dans ce contexte, on pourra garder certaines portes ouvertes dans la stratégie d’élaboration des portefeuilles de crédit avec une position modérément défensive.

2. Comment envisagez-vous d’ajouter de la valeur à ces portefeuilles?

On peut dire que dans un portefeuille de crédit, une des façons de produire des rendements excédentaires consiste à étudier la tendance des différentiels des obligations d’entreprise, et à se montrer beaucoup plus ou beaucoup moins agressif que le référentiel du marché. C’est un des leviers à la disposition des investisseurs, mais qui a tendance à engendrer des périodes de sous-performance importantes, chaque fois que l’ensemble des écarts de crédit évolue différemment de ce que l’on avait envisagé.

Mais il existe une autre approche, plus fiable, qui génère de la rentabilité en effectuant une sélection basée sur la sécurité. Cela implique de choisir les bonnes obligations d’entreprise, celles qui ont leurs propres singularités, et dont le cours évolue en fonction de facteurs spécifiques à ces entreprises, et pas uniquement en fonction de la situation macroéconomique.

3. On s’intéresse beaucoup à l’endettement des entreprises, et les marchés y prêtent une grande attention. Comment cela entre-t-il en ligne de compte dans l’approche?

Il ne fait aucun doute que la dette et l’endettement des entreprises augmentent régulièrement depuis 2008. Il est important de nuancer la vision globale du marché.

La hausse de l’endettement est en partie due au fait que des sociétés ayant des flux de trésorerie non cycliques ont dû emprunter pour financer des acquisitions qui sont, selon nous pertinentes sur le plan stratégique. Dans le secteur pharmaceutique, par exemple, la société Takeda, implantée au Japon, a largement financé son acquisition de la société Shire, basée au UK, en recourant à l’emprunt.

Nous assistons aussi, à une diminution du rythme de l’accroissement de l’endettement, qui devrait se poursuivre, alors que les activités de M&A ont ralenti. Avec des variations selon les secteurs, les propositions d’acquisitions ont fait l’objet d’une plus forte résistance par rapport à la délivrance des autorisations réglementaires, ce qui a donné aux acquéreurs le temps de réfléchir. Les incertitudes au niveau des échanges commerciaux ont également conduit les entreprises à repousser leurs projets de dépenses d’investissement.

4. Si une récession économique arrive ou si un choc se produit sur les marchés, quelles seront les options possibles pour les entreprises afin d’éviter une crise du crédit?

De nombreuses entreprises pourront éviter une rétrogradation en vendant des actifs, en réduisant fortement leurs dépenses en capital, en diminuant les dividendes et/ou en émettant des actions. Ces mesures pourraient ne pas profiter à ceux qui ont investi dans des actions, mais seraient en revanche bénéfiques pour les détenteurs d’obligations. Alors qu’il est probable que nous assistions à des rétrogradations au cours de la prochaine récession, ces rétrogradations ressembleront probablement à celles des cycles précédents, sans atteindre des niveaux exceptionnels.

5. Où trouver de la valeur dans des obligations d’entreprise?

Parmi les entreprises ayant des titres de catégorie «investissement», on peut choisir les grandes sociétés pharmaceutiques. Parallèlement, dans le secteur de l’énergie, de nombreux émetteurs restent prudents et font attention à leur bilan, suite à la forte baisse des cours du pétrole qui a eu lieu il y a quelques années.

Pour obtenir des rendements élevés, il y aussi des opportunités dans le secteur pharmaceutique, et plus particulièrement dans des entreprises qui se désendettent et qui vendent des actifs. Sur l’éventail des notations, les entreprises notées BB paraissent en moyenne surévaluées, tandis que les différentiels des obligations d’entreprises notées CCC se sont élargis et offrent maintenant de la valeur dans des niches d’investissement spécifiques.

En somme, ce sont des entreprises qui sont moins sensibles au cycle économique, ou qui peuvent présenter des plans de désendettement clairs. Et il est primordial d’être sélectif, non pas sur le plan sectoriel, mais de choisir entreprise par entreprise, crédit par crédit.

*Gestionnaire de portefeuille de titres à revenu fixe chez Capital Group






 
 

AGEFI




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