Inde: la banque centrale maintient ses taux

dimanche, 09.12.2018

Face à la baisse de la croissance, la RBI a conservé son taux repo à 6,50%.

Gianni Pugliese*

Mercredi 5 décembre, la Reserve Bank of India (RBI) a conservé son taux repo à 6.50%, soit la seconde pause consécutive dans son cycle de resserrement monétaire débuté en juin de cette année. En combinant cette approche de «resserrement calibré» avec la révision à la baisse de ses prévisions d’inflation, la RBI s’octroie une marge de manœuvre. Elle a même indiqué être ouverte à accommoder sa politique monétaire si l’inflation devait ne pas remonter.

Le ton est clairement plus conciliant puisqu’il y a deux mois à peine lorsque son Gouverneur, M. Urjit Patel, excluait toute baisse des taux. A quoi tient ce changement d’attitude? Probablement parce que le PIB a déçu au 3ème trimestre et que l’inflation a chuté à 3.31% au mois d’octobre - soit en dessous de l’objectif à moyen terme de 4%. L’ampleur de la révision baissière est importante: de 3.9% - 4.5% à 2.7% - 3.2% (niveaux attendus pour le 2ème semestre 2018-2019).

Cette révision résulte de la forte baisse des prix du pétrole ainsi que du rebond de la roupie, plus de 5% contre dollar depuis les plus bas du mois d’octobre, favorisé par le récent apaisement sur les marchés émergents. En matière conjoncturelle, la RBI conserve une vue optimiste malgré la contreperformance du 3ème trimestre. Une hausse des taux est donc encore possible pour certains, une période prolongée de statu quo monétaire reste toutefois le scénario le plus probable.

La progression du PIB au 3e trimestre a été de 7.1% (en glissement annuel) contre 8.2% au second. Un ralentissement problématique qui ne permettrait pas d’absorber sur le marché de l’emploi les millions de travailleurs qui arrivent chaque année, un niveau de croissance d’au moins 8% serait nécessaire. La RBI a maintenu ses prévisions de PIB à 7.4% pour 2018-2019 et 7.5% pour le premier semestre 2019-2020, avec des risques orientés à la baisse. M. Patel a mis en avant la bonne tenue des secteurs manufacturiers et des services qui ressort des PMI récents.

Si l’optimisme est de mise, il faut néanmoins relever que le resserrement du crédit bancaire pèse sur les dépenses de consommation. Pour dynamiser l’activité des prêts bancaires, la RBI a réduit les exigences de réserves obligatoires sous forme de titres gouvernementaux. La mesure devrait aider le gouvernement, qui souhaite que les banques continuent leurs activités de crédit afin de soutenir la croissance avant les élections générales de l’année prochaine. Elle a en outre signalé l’éventualité d’achats supplémentaires d’obligations sur le marché jusqu’en mars prochain pour continuer à injecter des liquidités dans le système. L’annonce est de bon augure pour les obligations, déjà favorisées par la baisse des rendements des emprunts du Trésor américain. L’emprunt gouvernemental à 10 ans a vu son rendement baisser à 7.42% le 6 décembre alors qu’il était encore à 8.11% le 11 septembre.

* Analyste Obligations, Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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