Êtes-vous plutôt orienté «relations» ou «résultats»?

dimanche, 14.06.2020

Christophe Clavé *

Christophe Clavé

Depuis cent ans les chercheurs en sciences humaines observent, analysent et proposent des modèles pour comprendre comment les hommes et les femmes se comportent, réagissent aux stimuli, sont plus ou moins productifs, créent et innovent ou résistent aux changements.

La psychologie, la sociologie, l’anthropologie et leurs apports ont été transposés dans l’entreprise et ont permis de fonder les sciences du management et des organisations. Contrairement à la biologie et la physique qui se structurent autour de règles immuables, les sciences humaines procèdent de l’observation et sont contextualisées et datées.

Pour que le savoir se structure et évolue, les sciences humaines sont férues de matrices et schémas. Pour les individus comme pour les groupes, elles proposent des axes qualifiant une aptitude ou une attitude. La position sur chacun des axes détermine un profil. Prenez les tests de personnalité. Il en existe des douzaines dont les plus utilisés sont PAPI, SOSIE, 16PF5 ou MBTI pour ne citer qu’eux. Tous identifient des axes censés structurer la personnalité comme les axes extraverti / introverti, confiant / suspicieux, etc.

Il en existe des centaines. Leur approche commune est de positionner un individu ou un groupe quelque part sur chacun de ces axes. Untel sera alors plus ou moins introverti ou extraverti, attachera plus d’importance aux détails, sera plus ou moins créatif, etc.

Ce positionnement est censé confirmer ou infirmer la prédisposition d’un profil (individuel ou collectif) à une tâche et un environnement donné. On recherchera pour un poste de vendeur quelqu’un de plus extraverti et plus ouvert, etc.

Face aux sciences dures, les sciences humaines sont en quête de rationalité. Elles leur empruntent les méthodologies de la recherche et la formalisation des théories en modèles transposables. Cette approche a abouti à une vision alternative des choses. Sur un axe de personnalité vous êtes soit très extraverti, soit très extraverti, soit un peu des deux, mais jamais très extraverti et très introverti. La pensée au vingt-et-unième-siècle rompt avec cette structuration des esprits, et ouvre la pensée au «en même temps».

En entreprise agile, dans les groupes de travail collaboratifs les individus s’expriment avec aisance et clarté, et «en même temps» écoutent les émotions et les propos des autres. Un ingénieur est un expert qui «en même temps» est activement engagé dans la collaboration et le travail collectif. En langage du siècle dernier ils sont en même temps très extravertis et très introvertis.

Un des pères fondateurs de la sociologie des organisations, Max Weber a particulièrement travaillé sur les dichotomies des groupes humains pour aboutir à un modèle très utilisé dit «Gemeinschaft versus Gesellschaft», c’est-à-dire communauté versus société. La communauté reflète une culture où la priorité est donnée aux valeurs, au partage, aux relations. La société décrit une culture centrée sur le résultat.

Cette matrice s’applique aux individus comme aux groupes. Vous-même, où vous situez-vous sur une matrice croisant ces deux axes? Quelle est le positionnement le plus valorisé par votre manager et votre entreprise? Sans doute le discours managérial vous demandera-t-il d’être «en même temps» très orienté résultats tout en gérant au mieux les relations sociales. Notre siècle est celui du «en même temps», des individus flexibles, intégrant des valeurs et des comportements apparemment contradictoires. On appelle cela l’agilité.

* www.egma.ch






 
 

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