Enfin l’accélération des salaires?

mercredi, 12.09.2018

États-Unis. Le taux de chômage continue à reculer et les créations d’emplois se sont stabilisées autour de 200.000 par mois en moyenne.

ENGUERRAND ARTAZ*

Avant que le spectre du protectionnisme ne vienne inquiéter les marchés, le premier sujet de stress de l’année avait été l’emploi américain, plus précisément l’inflation salariale. Ressortie bien plus élevée qu’attendue en février, elle avait fait craindre une accélération, voire un dérapage, de l’inflation aux Etats-Unis, ainsi que l’agressivité du resserrement monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) qui en aurait découlé. Si la réaction des investisseurs a sans doute été exagérée, cet épisode a eu le mérite d’ancrer dans les esprits la thématique de l’inflation.

Depuis, malgré des rapports sur l’emploi tous plus solides les uns que les autres, une baisse continue du taux de chômage et des créations d’emplois qui est stables autour de 200 000 par mois en moyenne, l’inflation salariale est restée modérée. Plusieurs explications à ce phénomène. D’une part, la hausse des revenus des ménages liée à la réforme fiscale, qui limitait les volontés de hausse de salaire. D’autre part, le retour sur le marché du travail de travailleurs qui en étaient sortis depuis longtemps, avec donc des prétentions salariales moins fortes. 

Pourtant, du côté des entreprises, le son de cloche était différent. Les enquêtes de l’Institute for Supply Management (ISM) mentionnaient le coût du travail comme l’un des éléments participant à la hausse des prix payés. De même, les petites entreprises interrogées par la fédération américaine des travailleurs indépendants (NFIB) pointaient des tensions salariales marquées, certaines faisant part de leurs difficultés à recruter. Agrégées, ces enquêtes pointaient vers une inflation des salaires plus élevée que celle observée jusqu’alors dans les chiffres du Bureau of Labor Statistics (BLS).

Le rapport du BLS, publié vendredi dernier, a confirmé ces observations. Le salaire horaire moyen a en effet progressé de 0,4% sur août, alors qu’il n’était attendu en progression que de 0,2%. Sur un an, il atteint 2,9%, alors qu’il était attendu stable à 2,7%. La baisse du taux de participation crée une pression à la hausse sur les salaires, en revanche la stagnation du nombre moyen d’heures travaillées et le recul du taux de sous-emploi ont un effet plutôt baissier. Il s’agit donc bien d’une «vraie» inflation salariale et non d’un simple effet de masse. 

L’absorption des hausses de revenus liées à la réforme fiscale consommée, les salaires américains continueront d’accélérer ces prochains mois. La question cruciale est à présent de savoir si les entreprises parviendront à répercuter ces hausses de coûts sur leurs prix de vente. Si oui, les prix à la consommation continueront d’augmenter, justifiant la poursuite de la politique de resserrement monétaire engagée par la Fed. Dans le cas contraire, ce sont les marges des entreprises qui en souffriront. Avec au bout du compte, un effet potentiellement très négatif sur les résultats, une fois passé l’effet de base favorable de la réforme fiscale. 

Zoom sur un titre 

Spécialiste britannique de la location et de l’entretien de textiles, JOHNSON SERVICES a publié la semaine dernière des résultats semestriels supérieurs aux attentes, avec une croissance organique de 7% et une amélioration de sa rentabilité. Le management a relevé les attentes de résultats 2018 pour la deuxième fois cette année. JOHNSON SERVICES poursuit la remarquable exécution de sa stratégie de consolidation du marché britannique de la location et de l’entretien de linge. Depuis notre investissement dans Echiquier Entrepreneurs en 2014, la société a doublé ses ventes grâce à dix opérations d’acquisition et une croissance organique moyenne de 4%. Ces acquisitions ont été financées par la forte génération de cash du groupe et la cession de son réseau de magasins de nettoyage à sec.  L’entrée récente au capital du fonds activiste Primestone (désormais premier actionnaire avec 15% du capital) nous laisse à penser que JOHNSON SERVICES pourrait prendre à l’avenir une place encore plus importante dans la consolidation en cours du secteur au Royaume-Uni. L’exécution de la stratégie reste excellente, avec une valorisation qui reste attractive (5,7 fois EBITDA 2019 et 13 fois le PE).

*Analyste Cross Asset et gérant à La Financière de l’Echiquier






 
 

AGEFI



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