La demande obligataire diminue

lundi, 14.01.2019

Etats-Unis. A l’heure où le Trésor américain lance ses premiers emprunts 2019, certains relèvent une baisse de la demande.

Gianni Pugliese*

Selon Bloomberg, sur les 2400 milliards de dollars d’obligations émises par le Trésor américain en 2018, la demande a été 2,6x fois supérieure au montant placé. C’est le niveau le plus bas observé depuis 2008. Au mois d’octobre, même des taux de rémunération plus attractifs – au plus haut de l’année 2018 – n’ont pas réussi à renverser la tendance. Ensuite, les rendements des obligations du Trésor ont repris le chemin de la baisse. 

Certes, cela ne remet pas en question la capacité des États-Unis d’emprunter à la hauteur de leurs besoins. Et des adjudications faibles n’entrainent pas de facto des pertes sur les prix des obligations. Mais cette diminution est parfois interprétée comme un signal de réticence potentielle des acheteurs compte tenu de l’endettement croissant et du recours à l’emprunt en forte augmentation, conséquences majeures du stimulus fiscal opéré par l’administration Trump. Et selon les prévisions, le déficit pourrait bientôt dépasser les 1000 milliards, une situation susceptible de durer quelques années encore. 

Cela fait dire à des spécialistes que si la faiblesse des ratios de couverture n’est pas un facteur important «aujourd’hui», elle pourrait le devenir «demain». Les besoins de financement du déficit sont conséquents, le Trésor augmente le volume d’émissions et la dépendance envers le public est en hausse puisque la Fed diminue ses achats afin de réduire son bilan. Ils expliquent que des ratios en baisse augmentent la vulnérabilité financière du pays et que les investisseurs pourraient soudainement décider de s’en inquiéter. Autrement dit, les ratios de couverture assumeraient un rôle d’indicateur avancé de crise budgétaire. 

Alors qu’en est-il? Le 8 janvier, le Trésor a vendu 38 milliards de dollars de titres à 3 ans avec un rendement de 2.559% – le niveau de rémunération le plus bas depuis les 2,45% du mois d’avril 2018. Le ratio de couverture a reculé à 2,44x comparé à une moyenne de 2,58x lors des 6 précédentes adjudications de même échéance. Puis, sur une note bien plus positive, le 9 janvier, 24 milliards ont étés placés à 10 ans avec un rendement de 2,728%. Le ratio de couverture s’est situé à 2,51x, cette fois-ci supérieure au 2,35x observé lors de la dernière adjudication. Au final, chacun peut interpréter les résultats selon l’expression du verre à moitié vide ou moitié plein. 

D’autres acteurs du marché ont un point de vue moins alarmiste. Ils considèrent qu’il est normal que les ratios de couverture puissent baisser tout simplement parce que la demande pour les obligations du Trésor n’est pas insatiable. C’est pourquoi avant d’opter pour le verre à moitié vide, ils attendent de voir émerger des signes de stress. Ceux-ci se manifestent sous la forme d’un rendement supérieur à celui du marché secondaire au moment de la clôture de l’enchère et indiquent que les investisseurs exigent des concessions d’émission plus importantes. Si le rythme des enchères et l’inflation augmentent, le second semestre sera probablement plus compliqué pour le Trésor.

*Analyste Obligations, Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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