Le franc s’oriente vers la parité avec la monnaie européenne

dimanche, 14.06.2020

Entretien avec Alexander Koch, responsable des analyses conjoncturelles de la banque Raiffeisen.

Piotr Kaczor

Au-delà des interventions à court terme de la BNS, quelles sont vos attentes sur le franc à plus long terme, entre la parité et le seuil de 1,20 franc pour un euro encore dans les mémoires ? 

A la faveur d’une multiplication des signes de stabilisation de la situation conjoncturelle de la zone euro, la monnaie européenne s’est quelque peu renforcée. Et la Banque nationale suisse (BNS) n’a pas dû intervenir. Il n’en reste pas moins, qu’à notre sens, la tendance reste orientée sur un raffermissement du franc en regard de l’euro. Sur le long terme, nous voyons même le franc se diriger vers la parité avec l’euro, plutôt qu’à un retour à ce repère de 1,20 franc. Sur un horizon de 12 mois, nous tablons sur un euro à 1,06 franc. 

De quels facteurs dépend l’orientation vers la parité?

Cette tendance va dépendre de l’évolution relative des prix en Suisse et dans la zone euro. En Suisse, les niveaux d’inflation restent nettement inférieurs à ceux de la zone euro. Les entreprises  helvétiques doivent aussi faire face à une hausse des coûts inférieure à celle des entreprises européennes. Ce qui aura aussi pour effet de rééquilibrer la parité du pouvoir d’achat. L’espace monétaire qui présente la plus faible progression des prix dans la durée devrait voir sa monnaie s’apprécier. Ce qui devrait être le cas pour la Suisse. Actuellement l’inflation a même atteint un niveau négatif en Suisse, plus négatif que dans la zone euro. Cela constitue par conséquent un facteur structurel supplémentaire d’appréciation du franc. 

Enfin, l’évolution conjoncturelle et les niveaux de stabilité différents des deux économies augurent de perspectives économiques plus favorables aussi pour la Suisse. Les économies du sud de l’Europe restent d’autant plus fortement affectées qu’elles ont été particulièrement frappées par le coronavirus. C’est un autre facteur d’incertitude politique et de croissance économique plus faible pour la zone euro et par conséquent de dépréciation de la monnaie européenne.

Qu’en est-il dès lors de la question du différentiel de taux d’intérêts, qui s’est réduit? 

Les écarts de taux d’intérêt à court et à long terme devraient rester stables pour une durée prolongée. Le tableau des taux d’intérêts ne devrait par conséquent pas tellement changer et ne devrait pas non plus constituer un levier majeur de l’évolution future de ces cours de changes.






 
 

AGEFI



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