Entre perspectives favorables et orageuses

mardi, 25.06.2019

Joachim Fels*

En tant que gestionnaire obligataire, nous nous devons d’intégrer dès à présent dans nos décisions de long terme des événements susceptibles d’affecter les marchés dans les trois à cinq prochaines années. À première vue, les perspectives semblent favorables: nous anticipons une croissance économique globalement positive, bien que plutôt atone. L’inflation devrait par ailleurs rester faible, tout comme les taux des banques centrales. Une récession au cours des trois à cinq prochaines années est certes probable, mais devrait rester limitée. 

Plusieurs facteurs pourraient toutefois changer la donne. Citons tout d’abord le développement économique de la Chine. Nous anticipons un ralentissement contrôlé de la croissance chinoise, susceptible cependant de s’avérer plus chaotique que prévu, notamment en cas de nouvelle escalade du conflit commercial. Deuxième élément perturbateur: le populisme. Les défis posés par les courants populistes pourraient avoir des répercussions positives comme négatives sur l’économie et les marchés financiers. Les freins toujours plus nombreux aux échanges internationaux de marchandises, de services et de capitaux constituent les principaux inconvénients à cet égard. 

Autre obstacle potentiel: la démographie. À long terme, la baisse de la croissance démographique dans les grandes économies devrait ralentir durablement la conjoncture, faire diminuer l’inflation et contribuer à la hausse de l’épargne au niveau mondial, qui exerce une pression à la baisse sur les taux d’intérêt d’équilibre. Les principales banques centrales devraient dès lors maintenir leurs taux à des niveaux faibles, voire négatifs.

Le revers de la médaille

Les avancées technologiques sont elles aussi source de perturbations. Les nouvelles technologies, toujours plus performantes et plus économiques, deviennent abordables pour un nombre croissant d’entreprises. Le revers de la médaille est que la technologie peut potentiellement détruire des modèles d’entreprises existants dans le secteur privé. Elle fait par conséquent émerger de nouveaux gagnants, mais également beaucoup de perdants. 

La vulnérabilité des marchés financiers doit également être prise en compte: malgré les excès observés dans certains secteurs, les valorisations nous semblent toujours correctes. Plus de dix ans après l’éclatement de la crise financière mondiale de 2008, l’environnement reste toutefois caractérisé par des politiques monétaires non conventionnelles et une répression financière. La structure du marché fait l’objet de doutes légitimes. Ils concernent essentiellement les obligations d’entreprises, qui rencontrent des difficultés en matière de liquidité, lesquelles augmentent le risque que des modifications significatives au niveau de la confiance des investisseurs ainsi que des tentatives globales de report du risque ne puissent être absorbées sans déclencher de profonds bouleversements.

Il est important de comprendre que plus ces tendances perdurent, plus leur potentiel disruptif sera important. Dans ce contexte, la prudence, la flexibilité et la liquidité devraient selon nous être privilégiées à la quête de rendement.

*Global Economic Advisor, PIMCO






 
 

AGEFI



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