Enseignement supérieur: une rentrée sous le signe de la pandémie

jeudi, 03.09.2020

Marie Owens Thomsen *

Marie Owens Thomsen

Cet automne, soumises à la nécessité absolue de se protéger des risques posés par le COVID-19, les écoles et les universités devront bousculer leurs habitudes. Pour certaines, ces bouleversements représenteront aussi une opportunité dont elles pourront tirer avantage, même si l’on eût préféré que cela survienne dans un contexte plus positif. C’est le cas des États-Unis et de tous les pays où les universités ne sont pas financées par les contribuables.
Confronté à une crise sans précédent, l’enseignement supérieur va devoir faire face à de nombreux défis, dont le plus notable sera le recul de la demande. Bien des étudiants se demanderont si le coût de leurs études est justifié, dans la mesure où une grande partie des cours seront donnés virtuellement. Il est fort probable que ceux qui en auront la possibilité, opteront pour une année de pause et réévalueront le ratio qualité/prix à un stade ultérieur.
Des centaines d’universités, voire des milliers dans les années à venir, risquent de fermer leurs portes définitivement. Les plus prestigieuses ne sont pas forcément menacées, mais les autres si, comme c’est d’ailleurs aussi le cas dans le secteur de la vente au détail mis à mal par le commerce en ligne. A l’inverse, de nouvelles structures innovantes vont émerger et l’on peut imaginer une explosion de diplômes, avec des recruteurs qui devront apprendre rapidement à les évaluer.
Aux États-Unis, le prix du diplôme universitaire a augmenté de manière spectaculaire, soit de plus de 1400% entre 1977 et 2020, selon le Bureau américain des statistiques du travail. L’inflation annuelle du coût de l’éducation supérieure américaine a été de 6,5%, tandis que l’inflation des prix à la consommation a enregistré une hausse de 3,4% en moyenne sur cette période. Il n’est donc pas surprenant que la dette des étudiants ait augmenté en parallèle, pour s’élever actuellement à 1 500 milliards de dollars, une dette détenue par 43 millions de personnes. Le nombre d’étudiants a certes également augmenté, mais de manière bien moins rapide que le coût des études. C’est la catégorie de dette la plus importante des ménages, derrière les hypothèques, mais devant celles constituées par l’achat de voitures et les cartes de crédit. Selon les prévisions, elle augmentera encore de 1 000 milliards de dollars d’ici 2030, selon le Bureau du budget du Congrès américain (CBO).
Il est difficile d’imaginer que l’expérience et les gains en connaissances obtenus par les étudiants se soient améliorés dans une mesure telle qu’elle justifie cette formidable augmentation du prix des études. Surtout que le système américain octroie l’emploi à vie aux professeurs d’universités par souci de garantir leur liberté intellectuelle. L’objectif est noble, mais la mesure se traduit par une absence de concurrence qui ne favorise pas l’innovation et freine le renouveau.
En outre, de nombreuses universités sont riches, avec des marges de profits comparables à celles de l’industrie de luxe, malgré leur statut de fondations à but non lucratif. Grâce aux donations notamment, elles ont accumulé d’importantes ressources financières. La fortune de l’Université de Harvard, par exemple, s’élève à 40 milliards de dollars.
La pandémie révèle ainsi un secteur mûr pour le changement. L’éducation supérieure bénéficie d’une sorte de position cartellaire lui permettant de dicter ses prix. La réglementation de ces institutions est laxiste. Leur application aussi. Il y aura des perdants, certes, mais si le résultat de ce bouleversement est une éducation plus accessible à tous à moindre coût, il aura tout pour plaire aux étudiants ainsi qu’aux investisseurs capables de flairer les gagnants. 

*Head of Global Trends, Banque Lombard Odier






 
 

AGEFI



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