Rénover plutôt que construire

mercredi, 04.12.2019

Energie. Pour limiter l’empreinte carbone de l’immobilier, imaginer de nouveaux bâtiments à faible émission ne suffira pas.

Pierre Jacquot*

Protégeons l’héritage des générations futures en régénérant le stock actuel d’immeubles obsolètes. 

Nous vivons dans un monde où les bâtiments contribuent à environ 30% des émissions de gaz à effet de serre, principalement en raison de leurs systèmes de chauffage, d’éclairage et de refroidissement. Le rappel s’impose alors que la 25e conférence de l’ONU sur le climat (COP25) se tient à Madrid jusqu’au 13 décembre.

Le monde de l’immobilier en général, et celui de la construction en particulier ont donc un rôle critique à jouer pour réduire les consommations énergétiques et les émissions de CO2. Et ce d’autant plus que l’Union Européenne renforce son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique, en visant un relèvement des objectifs 2030 fixés aux Etats membres.

Face à cette magnifique opportunité, mais aussi cette immense responsabilité, le premier réflexe consiste à imaginer des nouveaux bâtiments très peu énergivores, dotés des dernières technologies, neutres en CO2 et producteurs nets d’énergie. 

Pris indépendamment, ces objets sont un vrai progrès car il est désormais possible d’offrir des surfaces résidentielles ou administratives qui ne détériorent pas nos ressources naturelles et notre environnement.

Energie «grise»

Néanmoins, ce raisonnement a trois limites. Primo, la construction neuve consomme de l’énergie dite «grise» dans la production et la mise en œuvre des matériaux de construction dont le ciment, l’aluminium et les composants d’isolation issus de la filière pétrolière.

Secundo, une nouvelle construction consomme notre ressource la plus chère: le terrain naturel.

Enfin, les nouveaux développements n’ont pas d’impact sur le patrimoine bâti existant de plus de 20 ans, qui a souvent de piètres performances énergétiques.

Ainsi, la construction de nouveaux bâtiments à faibles émissions ne suffira pas à elle seule à réduire les gaz à effet de serre.

Dans ce cadre, afin d’avoir un impact à l’échelle d’une ville et non plus juste à l’échelle d’une parcelle, il faut agir à deux niveaux: d’une part, investir dans des objets respectant les standards techniques et de confort les plus récents, mais aussi, et peut-être de façon plus importante encore, faire en sorte de générer un impact positif sur le stock actuel de bâtiments obsolètes, qui constitue l’héritage de la génération précédente.

En agissant sur le plan technique, les bâtiments plus anciens peuvent être rendus plus efficaces grâce à la pose de fenêtres à double ou triple vitrage, à l’amélioration de l’isolation, à la pose de lumières LED et surtout de par l’installation de chaudières plus efficaces avec des technologies et des combustibles renouvelables. Sans oublier, la rationalisation et la limitation des installations de rafraichissement et de climatisation qui sont des très gros consommateurs d’énergie dans un contexte de «cercle vicieux» du réchauffement climatique.

Faisabilité technique et financière des projets

La mise en œuvre de ces optimisations s’avère souvent complexe car il faut faire face à de multiples contraintes. D’abord, les nuisances vis-à-vis des occupants de l’immeuble, voire leur éviction durant les travaux, entrainent des pertes de revenus.

Ensuite, la faisabilité technique et financière des projets est parfois difficile à assurer sur le court terme, raison pour laquelle des programmes de subventions ont été mis en place dans de nombreux pays.

Néanmoins, c’est la seule manière de limiter de manière significative l’empreinte carbone du parc immobilier. En termes quantitatifs, pour atteindre un objectif de réduction de 30% des émissions d’ici 2030, il faudrait pouvoir conduire prioritairement la rénovation énergétique de tous les bâtiments de plus de 2000 mètres carrés.

La tâche est immense mais les secteurs de l’immobilier et de la construction ont ici une formidable opportunité d’avoir un impact significatif sur la transition énergétique.

Au-delà des aspects purement quantitatifs, ces transformations renforcent l’attractivité des lieux. Elles sont autant de chances de convertir des immeubles de bureaux en logements, de dépolluer des anciens sites industriels ou de revitaliser des quartiers, générant ainsi un double cercle vertueux.

*Head of Real Estate Investment Management chez Edmond de Rothschild






 
 

AGEFI




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