Passer à la vitesse supérieure grâce aux réseaux de logistique numériques

vendredi, 14.06.2019

En Suisse, les chaînes d’approvisionnement sont encore souvent très fragmentées. Les entreprises peuvent sauter des étapes grâce aux nouvelles solutions.

Markus Koch*, Philipp Merkofer**

Dans le cadre de l’enquête globale «The Industry 4.0 Paradox», Deloitte a interrogé 361 cadres dirigeants de 11 pays sur leur volonté de numériser leur chaîne logistique. Une nette majorité de 62% attribue une priorité élevée aux chaînes d’approvisionnement pour les futurs investissements. Paradoxalement, seulement 22% des personnes interrogées incluent les directeurs de la chaîne d’approvisionnement dans le processus de décision. 

Ces résultats se sont partiellement confirmés lors de discussions approfondies avec des spécialistes suisses des réseaux de logistique, menées dans le contexte de l’étude de Deloitte «Suisse Digital Supply Networks». Il est devenu évident que plusieurs entreprises suisses accusent un certain retard. Les chaînes d’approvisionnement de nombreuses sociétés consistent en fonctions individuelles peu interconnectées comme les achats, la production et la logistique, qui reposent sur une gestion et une base de données fragmentées. Ainsi, beaucoup se consacrent encore à la mise en œuvre de l’industrie 3.0 au lieu d’examiner les opportunités qu’offre l’industrie 4.0.

Plus grande réactivité aux changements

À l’aide des nouvelles technologies, un grand nombre d’entreprises internationales ont transformé les maillons de leurs chaînes d’approvisionnement traditionnelles en réseaux rapides, intelligents et dynamiques autour d’un noyau numérique. Cela permet une communication continue, une meilleure optimisation, une transparence totale et une plus grande réactivité aux changements. Amazon est leader mondial en la matière grâce à la forte intégration numérique de ses clients. 

D’après Dr Raphael Pfarrer de GS1 Suisse, l’association professionnelle pour l’optimisation des chaînes de création de valeur, beaucoup d’entreprises suisses, et notamment les PME, présentent encore «un manque de réserves d’investissement et de connaissance dans le domaine des nouvelles technologies». Par ailleurs, la plupart des innovations numériques ont davantage lieu dans des départements d’entreprise autres que la chaîne d’approvisionnement. Les entreprises pensent souvent qu’il existe encore suffisamment de potentiel pour améliorer une chaîne d’approvisionnement avec des moyens d’optimisation conventionnels plutôt que par la numérisation.

Données de bonne qualité et talents numériques

La poursuite de l’optimisation et des «processus simplifiés avec une standardisation plus poussée» sont des préalables importants pour une «numérisation à large échelle», comme le souligne Daniel Meier, responsable du département Global Supply Chain D&M chez Burckhardt Compression. Outre le manque de normes en matière de données, la mauvaise qualité de ces dernières ainsi que celles non utilisées constituent des obstacles majeurs à la construction de réseaux de logistique numériques. 

Selon Max Peter, responsable du département Supply Chain Management chez Emmi, «des clients différents peuvent utiliser des normes de données distinctes et ainsi en compliquer l’harmonisation». En outre, de nombreuses entreprises ne sont pas correctement équipées pour stocker, extraire et analyser leur grand volume de données en toute sécurité. Les difficultés qu’elles rencontrent à traiter ces données ne leur permettent ainsi pas d’appuyer leurs décisions stratégiques. 

La pénurie de talents en matière de chaîne d’approvisionnement en Suisse représente aussi un obstacle supplémentaire. Sont recherchés avant tout des personnes qui disposent de connaissances spécifiques sur l’interface entre les activités opérationnelles et les systèmes informatiques, soit des experts capables de traduire des thèmes complexes pour les deux parties, d’analyser les tendances actuelles des chaînes d’approvisionnement et d’offrir des solutions interconnectées à l’aide de technologies numériques. 

D’après Domenico Repetto, responsable logistique chez Coop pour la Suisse du Nord-Ouest et la Suisse centrale, «seuls ceux qui possèdent un savoir numérique approfondi et une plus grande ouverture d’esprit envers la technologie que celle requise pour les smartphones» seront à même de travailler avec succès dans des réseaux de logistique numériques. Des individus qui ne se dérobent pas des risques et qui n’ont pas peur de commettre des erreurs sont aussi demandés.

Penser grand, commencer petit et réagir rapidement

La transformation de chaque maillon d’une chaîne d’approvisionnement traditionnelle en un réseau de logistique numérique peut constituer un véritable moteur de croissance si les entreprises pensent grand et définissent les bonnes priorités. Les cinq questions de base suivantes facilitent la tâche:

  • Quels sont mes objectifs et mes aspirations?
  • Combien de réseaux de livraison sont-ils nécessaires, c’est-à-dire faut-il une segmentation par client, produit, région ou canal?
  • Quel est mon atout unique? La vitesse, l’agilité, les services, les coûts, la qualité ou l’innovation?
  • Où dois-je transformer ma chaîne d’approvisionnement pour atteindre les objectifs commerciaux stratégiques fixés?
  • Quelles sont les initiatives requises pour configurer le nouveau réseau de logistique numérique?

Une fois ces questions élucidées, les sociétés peuvent commencer par de petits projets de transformation en marge de leur organisation puis travailler à leur évolution. Expérimenter et échouer sont des principes essentiels, car tous deux aboutissent à une plus grande innovation. Le développement numérique, la planification synchronisée, l’acquisition et les usines intelligentes ainsi que la couverture dynamique des besoins et des clients interconnectés ne sont que quelques exemples de hiérarchisation possibles. 

Si ceux-ci sont accompagnés de nouvelles technologies telles que les capteurs, la robotique, la conduite autonome, les drones, la blockchain, l’impression 3D, l’analyse prédictive ou l’intelligence artificielle, ils peuvent devenir des opportunités de croissance. L’important est que les projets de transformation soient réalisés rapidement, mais pas nécessairement perfectionnés. L’évolution rapide et constante des technologies requiert en effet des itérations fréquentes.

*Responsable développement stratégique Consumer & Industrial Products, Deloitte Suisse

**Chercheur Consumer & Industrial Products, Deloitte Suisse






 
 

AGEFI



...