L’année de tous les scénarios, comme des coups d’éclat de dernière minute

jeudi, 21.03.2019

En raison des incertitudes, il faut s’attendre à un maintien des conditions actuelles du marché des emprunts pour les collectivités publiques.

Tyvar Vogel*

Tyvar Vogel

La courbe des taux d’emprunts publics n’avait plus été aussi basse depuis l’annonce du Brexit juste avant l’été 2016. Rappelons qu’en juillet de cette même année, le 10 ans IRS suisse, taux de référence interbancaire, avait atteint son plus bas niveau historique atteignant les -0.46%.

Depuis, ceux-ci sont remontés graduellement suivant des perspectives conjoncturelles plus favorables que l’on pensait enfin avérées début 2018. Les déclarations récentes du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, juxtaposées au destin des accords de sortie de la Grande Bretagne de l’UE, ont recréé un climat de crainte importante. On observe et on attend.

Anticiper dans un tel contexte serait très hasardeux étant donné que tous les scénarios sont possibles, les coups d’éclat de dernière minute également. Ces incertitudes auront toutefois un effet positif sur le coût des emprunts publics pour l’ensemble des émetteurs. Effet positif qui contraste significativement avec la prolongation d’un trend péjorant une fois de plus les rendements des placements en franc suisse détenus par les investisseurs institutionnels. Quelle vision avoir donc jusqu’à la fin du premier semestre? La question relève plus du pari que de la prévision pragmatique.

L’ombre de la crise de la dette

Il semblerait que le Brexit sera encore sujet à de nombreux tracas. On s’amuserait à imaginer les parlementaires britanniques vouloir provoquer Jean-Claude Juncker jusqu’à la fin de son mandat ainsi que celui de Mario Draghi, tous deux en novembre 2019. Ce manque de visibilité sur d’aussi courtes périodes n’améliorera évidemment pas l’humeur des acteurs des marchés financiers. Les risques sur le marché des changes restent importants dans un contexte tel que le connaît l’Union européenne actuellement.

L’ombre de la crise de la dette plane toujours sur les projections à long terme. Il faut relever que ce n’est pas non plus le sujet de discussion préféré des politiciens. Les nombreuses autres crises institutionnelles qui parsèment l’Europe pourraient encore venir amplifier ce climat troublé. Les observateurs restent par ailleurs sur le qui-vive quant à l’évolution de la situation politique en Italie dont on parle moins forcément.

On peut donc s’attendre à un maintien des conditions actuelles du marché des emprunts pour les collectivités publiques; une courbe de taux à long-terme basse, des fluctuations relativement faibles dont les écarts seront proportionnels à l’évolution conjoncturelle ou politique. Aucun changement quant à la politique des taux de la part de la BNS n’est envisagé pour 2019 et très probablement pour 2020. Concernant les taux court-terme, aucune modification n’est prévue non plus. La politique monétaire de la BNS se maintiendra aussi longtemps que les facteurs de risques de change et la situation géopolitique dans le monde présenteront un danger éventuel pour la stabilité du franc.

Le tout est d’assurer et surtout garantir les excellentes relations que la Suisse entretient avec ses partenaires commerciaux européens. Il serait bien moins fâcheux que nos relations commerciales se détériorent avec la Chine (9,7%) qu’avec l’Allemagne (15,3%) pour l’exemple. Il est donc important de rester attentif sur l’évolution de la croissance allemande dont le PIB a été revu à la baisse pour 2019, ce qui entrainera, il est à rappeler, un ralentissement du PIB de la zone euro (de 1,8% à 1% selon l’OCDE).

L’ensemble de ces variables aura inexorablement un impact sur le marché suisse qui pourrait à terme en ressentir les effets. Mais parler de péjoration significative du marché de l’emploi n’est que spéculation en l’état actuel des choses. Il sera toutefois important de rester attentif à l’ensemble de ces facteurs qui détermineront la direction que prendront les taux ces prochains mois. Une hausse est définitivement exclue, à moins d’une bonne nouvelle à laquelle plus personne ne croit.

* Spécialiste en financements publics

 

 






 
 

AGEFI



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