De l’(in)utilité des classements des caisses de pension

mardi, 19.05.2020

En plein débat sur une réforme du deuxième pilier qui tarde tant, un ancien Monsieur Prix demande un classement des caisses de pension en fonction des frais de gestion de fortune.

Werner Rutsch*

Werner Rutsch

En plein débat sur une réforme du deuxième pilier qui tarde tant, M. Strahm, ancien Monsieur Prix et à ce titre défenseur des consommateurs, demande un classement des caisses de pension en fonction des frais de gestion de fortune. Et ce, malgré une évaluation positive remise l’année passée par la CHS qui confirme la transparence élevée et la stabilité des coûts.

Certes, de tels classements sont souvent très appréciés, mais ils présupposent un contexte quelque peu homogène. Les fondations de prévoyance sont toutefois toutes différentes; elles sont non seulement tributaires du secteur ou de l’environnement dans lequel évolue l’entité soutenant le plan, mais aussi et surtout de la composition de leur collectif d’assurés. Ainsi, une caisse de pension affichant une part modeste de rentiers peut très bien être exposée à des risques plus importants qu’une caisse comptant de nombreux rentiers. Cela influence alors l’allocation stratégique de la fortune, avec une tendance à des coûts plus élevés pour les placements surpondérés affichant un risque plus élevé. D’autres paramètres peuvent également influencer l’horizon de placement; les fondations d’entités de droit public par exemple n’ont quasiment aucun risque de liquidation partielle à intégrer dans leurs calculs, contrairement à des fondations propres d’entreprises opérant dans des secteurs structurellement fragiles. Cet aspect a lui aussi une incidence sur les frais de gestion de fortune dont le montant absolu préoccupe tant M. Strahm.

Enfin, qui s’assure que la comparaison des frais ne revient pas à comparer des pommes et des poires mais que tous adoptent les mêmes hypothèses? Les frais de gestion immobilière du portefeuille d’immeubles propre à la fondation sont-ils par exemple intégrés? Adopter une approche unilatérale en matière de coûts occulte en outre totalement l’aspect du risque. Ainsi, des coûts très bas ne sont en général possibles que si la gestion de fortune est réalisée en interne, du moins partiellement, et si elle n’est pas trop morcelée dans sa diversification: dans ce cas, des risques personnels et opérationnels peuvent subsister et doivent être pris en compte.

Dans les faits, le marché du deuxième pilier affiche déjà, comme mentionné, une grande transparence et pas uniquement en ce qui concerne les coûts. Des informations détaillées sont disponibles sur les sites web de la plupart des grandes fondations, et divers médias publient déjà des statistiques comparatives. Effectuer une comparaison peut en tout cas s’avérer judicieux pour les seules fondations collectives qui sont en concurrence en matière d’affiliations. Des statistiques sur les caisses de pension propres aux entreprises sont par contre d’un intérêt plutôt académique. Et surtout, d’autres paramètres comme le degré de couverture, la rémunération ou des aspects qualitatifs sont plus intéressants que les coûts pour les assurés. Ceux-ci ont un intérêt prépondérant à connaître surtout les rendements nets réalisés à diverses échéances. La stabilité et la sécurité des institutions collectives sont quant à elles essentielles pour les PME et leurs bénéficiaires: à cet égard, la demande d’informations comparables est plus que légitime.

* Head Institutional Business at AXA Investment Managers






 
 

AGEFI



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