Un déclin qui risque de changer la donne pour les négociations sur le Brexit

vendredi, 09.06.2017

En perdant sa majorité absolue au Parlement, la cheffe du gouvernement conservateur a non seulement raté son pari de renforcer son autorité, mais elle a également jeté le trouble sur sa capacité à imposer sa ligne lors des discussions avec Bruxelles.

En perdant sa majorité absolue au Parlement, la cheffe du gouvernement conservateur a non seulement raté son pari de renforcer son autorité, mais elle a également jeté le trouble sur sa capacité à imposer sa ligne lors des discussions avec Bruxelles.

Le camouflet infligé à Theresa May jeudi aux législatives britanniques risque de changer la donne pour les négociations sur le Brexit que la Première ministre abordera fortement affaiblie, si elle est toujours en poste d'ici là.

En perdant sa majorité absolue au Parlement, la cheffe du gouvernement conservateur a non seulement raté son pari de renforcer son autorité, mais elle a également jeté le trouble sur sa capacité à imposer sa ligne lors des discussions avec Bruxelles, censées commencer dans dix jours, estiment les experts.

Ce résultat pourrait pousser le Royaume-Uni à "adopter un ton moins agressif", notamment sur sa revendication d'un Brexit "dur", signifiant la sortie du marché unique, souligne le professeur Simon Hix de la London School of Economics.

"Le Brexit +dur+ a été jeté à la poubelle cette nuit", a même estimé l'ancien ministre conservateur des Finances, George Osborne.

Mme May a convoqué ces législatives anticipées pour avoir les coudées franches et faire fi des réticences éventuelles au sein de son parti.

A la place, "elle se retrouve avec un crédit politique très entamé au moment d'attaquer les négociations", souligne Keith Featherstone, spécialiste de politique européenne à la London School of Economics.

"Le résultat n'aura évidemment échappé ni à (la chancelière allemande) Angela Merkel, ni (au président français) Emmanuel Macron, ni à personne. Cela change la dynamique", insiste le politologue Paul Kelly.

Le problème pour Mme May est double. Sur le plan international, sa réputation a pris un coup. "Désormais lorsqu'elle soumettra ses demandes" aux partenaires européens, "ceux-ci pourront dire: très bien, mais on verra", relève Paul Kelly.

La Première ministre aura également du mal à imposer son autorité dans son propre camp et risque d'être davantage redevable aux eurosceptiques conservateurs.

"Si elle avait eu un mandat fort, elle aurait eu plus de poids pour régler des questions comme celle de la facture que Bruxelles réclame à Londres. Mais maintenant elle devra d'abord régler les problèmes dans son parti où certains diront qu'ils ne faut pas donner le moindre penny à Bruxelles", ajoute Paul Kelly.

Nigel Farage, ancien leader du parti europhobe Ukip, est inquiet. "Le Brexit est en danger", a-t-il dit, réfléchissant ouvertement à un retour aux affaires. "L'article 50 a été déclenché et nous sommes en route. May a mis tout ça en péril. Même (le ministre du Brexit) David Davis commence à faire des concessions", a-t-il tweeté.

Les anti-Brexit ont, eux, tout de suite cherché à profiter de l'occasion pour réclamer un virage dans la manière d'aborder la sortie de l'Union européenne.

"Les termes du Brexit doivent être négociés de manière radicalement différente. Les gens n'ont pas voté pour quitter le marché unique", a lancé Gina Miller, responsable de la campagne europhile "Best for Britain".

"Le principe du Brexit n'est pas remis en question. Mais les propositions du gouvernement si, sans même parler du calendrier. Le maintien dans le marché unique pourrait revenir sur la table", estime pour sa part l'ancien député tory et directeur du site "ConservativeHome", Paul Goodman.

La question du calendrier est celle qui se pose dans l'immédiat. Sans majorité absolue, Theresa May va devoir essayer de former un gouvernement, ce qui pourrait retarder les discussions avec Bruxelles. "C'est le chaos le plus complet", souligne le professeur Tim Bale, de la Queen Mary University de Londres.

L'avenir même de Theresa May à Downing Street est en question. Mike Finn, chercheur à l'université de Warwick, évoque une possible "fin de sa carrière politique".

L'Union européenne espérait bien se passer de ces graves turbulences. Selon plusieurs sources, Bruxelles souhaitait que les élections britanniques fassent émerger un leader fort pour un maximum d'efficacité dans les deux ans de négociations intenses prévus.
"Dans deux ans, le Brexit devra avoir lieu", a commenté le commissaire européen Pierre Moscovici sur la radio française Europe 1. Mais "Mme May a perdu son pari" et cela "change peut-être un certain nombre de choses", a-t-il ajouté.(awp)


 

 
 

 
 

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