Trump administre une piqûre de rappel aux marchés

mardi, 05.05.2020

En difficulté dans les sondages, le président américain flatte son électorat en attaquant la Chine.

François Christen*

Bien que de nombreux pays aient déjà entrepris ou planifié un assouplissement des mesures de confinement visant à contenir la propagation du Covid-19, les actifs risqués affichent un recul au terme de la semaine écoulée. Les actions sont sous pression et les primes de risque de crédit se maintiennent à des niveaux élevés. Les emprunts du Trésor US à court terme affichent des gains modestes, alors que le rendement du «T-Note» à dix ans est soumis à des tensions peu significatives (0,64 %, en hausse de 2 points de base).

L’actualité financière a été animée par les grandes banques centrales qui n’ont guère surpris en réaffirmant une détermination sans faille pour préserver le fonctionnement du système financier et irriguer l’économie en crédits et en liquidités. La Banque du Japon avait ouvert les feux lundi avec une augmentation des achats d’actifs, la Réserve Fédérale et la BCE lui ont emboité le pas mercredi et jeudi sans faire d’annonces fracassantes. Le programme d’assouplissement quantitatif de la Fed est toujours illimité, aussi bien en taille qu’en durée. La Fed procède à des ajustements marginaux des volumes d’achats en fonction des conditions sur le marché des emprunts du Trésor. Un redressement marqué de la structure des taux d’intérêt en dollars US pourrait se faire attendre bien au-delà de la résolution de la crise sanitaire en raison de l’ampleur du choc porté à l’économie et au marché du travail.

Les demandes d’indemnités de chômage se comptent toujours en millions (3,8 selon le dernier relevé hebdomadaire) et totalisent désormais plus de 30 millions de personnes depuis mi-mars. Le rapport de l’emploi attendu vendredi pourrait mettre en lumière la suppression de 20 millions de postes en avril et un taux de chômage qui remonte en flèche à plus de 15%! L’indice ISM manufacturier s’est toutefois révélé plus ferme que redouté en tombant de 49.1 en mars à 41.5 en avril. Les dégâts sont certainement plus prononcés dans les secteurs non manufacturiers. Enfin, l’estimation préliminaire du PIB fait état d’une contraction de 4,8% en rythme annualisé (soit une baisse trimestrielle de 1,2% par rapport au T4 2019). L’entrée en récession des Etats-Unis résulte principalement d’une chute vertigineuse des dépenses de consommation et d’investissement survenue en mars. La contraction au deuxième trimestre s’annonce plus sévère, avant un probable rebond de la croissance au second semestre.

Malmené dans les sondages, l’ineffable Donald Trump s’est montré très agressif à l’encontre de la Chine en laissant entendre que l’accord commercial «phase one» sera remis en question si les Chinois ne respectent pas leur promesse d’achats de 200 milliards. Le climat entre les deux superpuissances s’est encore dégradé avec l’accusation, formulée par Mike Pompeo, que le Covid-19 est issu d’un laboratoire de Wuhan. Cherchant à rétablir l’humeur des investisseurs, Donald Trump s’est fendu d’une tweet annonçant un vaccin avant la fin de l’année, un pronostic douteux qui indiffère les marchés ébranlés par des perspectives bénéficiaires précaires dévoilées par les entreprises publiant leurs résultats pour le premier trimestre et les risques de rupture entre les Etats-Unis et la Chine.

En Europe, les emprunts de gouvernement allemand affichent des rendements en repli (de 0,46% à -0,57% pour le «Bund» à dix ans), au contraire des «BTP» italiens malmenés (rendement à dix ans en hausse de 1,74% à 1,83%). L’inaction de la BCE a peut-être joué un rôle dans cette divergence, mais le communiqué officiel publié à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs laisse entrevoir une extension du programme d’achats actuellement chiffré à 750 milliards d’euros. La composition des achats pourrait aussi être modifiée, si nécessaire, ce qui suggère que la BCE fera le nécessaire pour empêcher un creusement excessif des primes de risque infligées aux pays les plus vulnérables de la zone euro.

La première estimation de la croissance du PIB de la zone euro fait état d’une contraction de -3,8% par rapport au quatrième trimestre 2019 (-5,8% en France, -4,7% en Italie, -5,2% en Espagne, pas encore d’estimation explicite pour l’Allemagne). Ces chiffres sont sujets à caution. En l’état, ils suggèrent que la crise sanitaire pourrait avoir un impact plus violent que les 2 à 3 points de pourcentage de PIB annuel par mois de confinement estimé par les économistes.

Sans surprise, les PMIs et indices de confiance ont sombré en avril (67 en avril après 94 en mai pour l’indice de la Commission européenne), un mois qui pourrait constituer le point bas de cette récession inédite dictée par l’urgence sanitaire. Les indicateurs britanniques et helvétiques dressent un tableau conjoncturel comparable à celui de la zone euro. Après avoir rebondi en mars, les PMIs chinois font état d’un tassement de l’activité manufacturière en avril. Ironiquement, le rebond chinois est désormais fragilisé par la propagation de la pandémie dans le reste du monde.

En matière épidémiologique, la baisse des contagions se confirme dans la plupart des pays européens alors que les nouveaux cas détectés aux Etats-Unis évoluent toujours à un niveau élevé. Le processus de dé-confinement amorcé sur le Vieux Continent revêt une importance cruciale pour jauger le risque de «deuxième vague épidémique» redouté par certains.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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