En des temps incertains, il n'y a pas de certitude...

dimanche, 27.09.2020

Le Conseiller fédéral Alain Berset a utilisé une formule bien agencée pour dédouaner l’OFSP de ses bourdes à répétition ; « …en des temps très incertains, il n’y a pas de certitude… » C’est une considération tout à fait fondée en général mais tendancieuse dans la gestion de l’épidémie.

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

En général il est vrai que toute politique fonctionne avec une certaine marge d’incertitude incompressible. Le CF n’est pas une officine de voyantes. Mais il peut et doit prévoir ce qu’il faut faire quand il y a épidémie, faillite, sécheresse, terrorisme: il peut et il doit disposer de systèmes d’alerte rapide et sûrs. Pour réagir correctement il a besoin de deux éléments: des certitudes et des compétences. Les certitudes s’acquièrent par de bons services de renseignement au jour le jour: les compétences par l’expérience des crises antérieures.

Force est de constater que les pays développés d’Asie disposaient d’informations et de compétences dont la Suisse était privée. Il suffit de mentionner le taux de mortalité par millions d’habitants. Suisse 229, Japon 8, Singapour 5, Corée du Sud 6, Malaisie 4, Hong Kong 6, Vietnam 0,1. La comparaison est encore plus écrasante si l’on se tourne vers la Chine responsable de l’origine de la pandémie qui affiche un score honorable de 59; mieux encore le Rwanda 0,4, malgré un système médical très modeste. 

On peut maintenant en tirer une conclusion définitive: la Suisse aurait pu ne compter que quelques dizaines de morts si les mesures adéquates avaient été prises à temps. Force est de constater qu’elles ne l’ont pas été. Affronté à une menace grave, le système politique et administratif s’est révélé inférieur à la tâche: il n’a pas d’expérience, ni de compétence dans la gestion de cette crise, mais l’Autriche était dans la même situation; le pays ne disposait pas de sources de renseignements fiables et à jour. En des temps incertains, il a acquis moins de certitudes que bien d’autres pays.

Reste à évaluer le mécanisme de décision. Les USA dirigés par un incapable atteignent un taux de 492. La Belgique sans gouvernement depuis 18 mois est le tristes champion mondial avec un taux de 850.

Souvenons-nous que le système helvétique a très bien fonctionné dans deux circonstances graves: le grounding de Swissair; la menace de faillite de l’UBS. Pourquoi ? Parce qu’exécutif et administration disposaient d’informations rapides et sûres; parce que la gestion d’une faillite fait partie de la compétence du système helvétique. En gestion de pandémie, le système suisse est désarmé, maladroit, lent, hésitant, contradictoire et finalement meurtrier. D’abord les masques ne servent à rien, ensuite ils deviennent obligatoires.

Les temps ne sont «incertains» que si l’on n’essaie pas sérieusement d’acquérir toutes les certitudes qui sont disponibles.  On en arrive alors à des mesures improvisées et brouillonnes comme ce confinement destructeur de l’économie. Deux mille morts c’est trop. On sait maintenant qu’ils auraient pu être évités. Mais aussi combien de faillites d’artisans et de commerçants, combien d’emplois perdus ? A côté des vies perdues, il y a les vies gâchées.

* Professeur honoraire, EPFL






 
 

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