Les chercheurs britanniques craignent d'être exclus d'Horizon 2020

lundi, 27.08.2018

En cas de Brexit sans accord, les chercheurs britanniques pourraient être exclus d'Horizon 2020 et ne plus bénéficier des fonds européens.

Le Royaume-Uni est le premier bénéficiaire des fonds distribués par le Conseil européen de la recherche (ERC) (keystone)

Une sortie de l'Union européenne sans accord pénalisera les chercheurs britanniques, qui perdront leur accès direct au programme de recherche "Horizon 2020" et aux fonds européens. Un scénario que la Suisse avait déjà vécu en 2014.

Le Royaume-Uni est le premier bénéficiaire des fonds distribués par le Conseil européen de la recherche (ERC). Au total, 200 projets de recherche britanniques ont bénéficié des contributions européennes l'an dernier.

Ce cas de figure pourrait relever du passé en cas de Brexit sans accord au 30 mars 2019. Les projets en cours pourraient certes être menés à leur terme, mais à partir du moment de la sortie de l'UE les chercheurs du Royaume-Uni ne recevront plus d'argent européen et ils ne pourront pas non plus mener de projets de recherche.

Perte d'attractivité

La Suisse était déjà passée par là après l'acceptation de l'initiative de l'UE "contre l'immigration de masse" en février 2014. La Commission européenne avait suspendu la participation helvétique à "Horizon 2020". Elle avait pu le faire car les négociations sur la participation de la Suisse au programme européen de recherche n'avait pas été formellement bouclées.

Le Fonds national suisse (FNS) avait joué les tampons financiers, mais les universités et les hautes écoles helvétiques craignaient qu'une longue exclusion de "Horizon 2020" ne les fasse perdre en attractivité auprès des chercheurs étrangers, et du coup en excellence.

Le problème d'une perte de prestige devrait aussi se poser outre-Manche, même si le gouvernement a d'ores et déjà annoncé qu'il interviendrait pour boucher les trous.

Car bien que la Grande-Bretagne - comme la Suisse - reçoive plus d'argent de "Horizon 2020" qu'elle n'en dépense, Londres est conscient qu'il devra débourser "significativement plus de moyens pour la recherche et le développement" après le Brexit, afin de ne pas perdre "la connexion avec la recherche internationale".

Subventions perdues

Pour la Suisse, l'exclusion n'avait pas duré longtemps: dès l'automne 2014, elle avait reçu une association partielle au programme européen, permettant à nouveau aux chercheurs suisses de participer aux mises au concours de l'ERC. Et, depuis 2017, la Suisse est à nouveau membre à part entière du programme.

Durant la période d'exclusion de la Suisse, les délais de postulation pour deux sortes de subventions ont expiré. En 2014, seuls deux projets suisses ont ainsi pu bénéficier de "subventions de démarrage", dont le montant peut aller jusqu'à 1,5 million d'euros. Ils étaient 23 l'année précédente, leur nombre était ensuite passé à 29 en 2015 et 26 en 2016.

La situation était encore plus critique pour les "subventions de consolidation", jusqu'à deux millions d'euros. Aucun chercheur suisse n'en a bénéficié en 2014 - contre 23 en 2013, 24 en 2015 et 22 en 2016.

Libre-circulation des personnes

L'association partielle à "Horizon 2020" à partir de septembre 2014 a permis aux chercheurs helvétiques de postuler à temps pour les "subventions avancées", jusqu'à 2,5 millions d'euros. En 2014, 22 projets ont ainsi pu bénéficier de ces fonds.

Cette association partielle avait été rendue possible par la décision de la Suisse de signer le protocole prévoyant l'extension de la libre circulation des personnes à la Croatie. Bruxelles estimait que la libre circulation et le programme de recherche étaient liés, la première permettant aux chercheurs de se déplacer librement à travers l'Europe.

Une argumentation qui pourrait aussi s'appliquer au Royaume-Uni. En cas de "Brexit ordonné", Londres devrait bénéficier d'une phase de transition qui garantira une participation britannique au programme "Horizon 2020" jusqu'à son terme. Pour la période à partir de 2021, la Grande-Bretagne devra négocier un accord d'association au programme "Horizon Europe" - comme la Suisse.

Mais si le Brexit est "dur", c'est-à-dire sans libre circulation des personnes, on ignore si Bruxelles autorisera une participation des sujets d'Elizabeth II au futur programme de recherche, et à quelles conditions. Dans un tel cas de figure, les Britanniques espèrent qu'une solution spéciale pourra être trouvée. (ats)






 
 

AGEFI



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