Malgré les grèves, l'attractivité de la France demeure

dimanche, 05.01.2020

En 2018, la France est devenue numéro deux en Europe en terme de projets d'investissements étrangers, derrière le Royaume-Uni mais devant l'Allemagne.

Le mouvement des "gilets jaunes" de l'an dernier et les difficultés à faire passer la réforme des retraites ont terni l'élan présidentiel. (Keystone)

Les grèves contre la réforme des retraites qui durent depuis maintenant un mois ne devrait pas dégrader l'attractivité et l'image économique de la France à l'étranger, selon des économistes, à condition que le gouvernement n'abandonne pas sa réforme.

"Plus vite nous trouverons un compromis, mieux ce sera. Plus ça dure, plus c'est mauvais pour l'image de la France", s'est inquiété vendredi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire lors d'une rencontre avec des commerçants parisiens dont l'activité est très affectée par la grève.

"Nous avons depuis trois ans considérablement amélioré l'image de la France à l'étranger. Nous sommes devenus l'une des nations les plus attractives pour les investissements étrangers (...). Il ne faut pas abîmer cette image-là", a-t-il insisté.

L'élection d'Emmanuel Macron en 2017 et sa volonté de réformer la France avaient été largement saluées à l'international où il rompait avec l'image d'un pays impossible à transformer, avec ses professions aux statuts issus "d'une autre époque", selon les mots employés à l'automne par le président de la République.

La réforme du droit du travail, la loi Pacte pour la croissance des entreprises ou encore la réforme de l'assurance-chômage et de la SNCF ont confirmé ces attentes, mais le mouvement des "gilets jaunes" de l'an dernier et les difficultés à faire passer la réforme des retraites ont terni l'élan présidentiel.

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"Si jamais il y avait l'impression que les réformes sont totalement grippées, on pourrait avoir un changement de regard porté sur la France. Mais je ne pense pas qu'on soit déjà dans ce moment-là", estime toutefois Denis Ferrand, directeur général du cabinet Rexecode, qui tend à "relativiser les impacts" de la grève sur l'attractivité du pays.

"Il ne faut pas oublier que les investisseurs internationaux, notamment les Britanniques avec le Brexit, sont en prise avec des circonstances nationales qui leur sont spécifiques", et que "la France, au centre de l'Europe, a une place intéressante pour des investisseurs".

Il est par ailleurs difficile d'évaluer précisément l'impact d'un tel mouvement sur l'attractivité d'un pays, prévient Isabelle Méjean, économiste spécialiste du commerce international. "Ce qui peut avoir un impact, quoique probablement marginal, c'est la répétition de mouvements sociaux qui va conforter l'image d'une France dans laquelle le climat social est agité", selon elle.

Réputation

Même le mouvement des "gilets jaunes" n'a pas fondamentalement modifié la perception des acteurs économiques étrangers.

Si près de quatre entreprises étrangères sur dix présentes sur le territoire français ont reconsidéré leurs projets de développement en France, moins d'une sur deux (44%) ont trouvé que l'image de la France s'était dégradée, selon un sondage réalisé par Ipsos mi-novembre pour le compte de Business France, l'agence de promotion de l'Hexagone à l'étranger. Et 81% des entreprises interrogées disaient vouloir y investir dans les années qui viennent.

Le mouvement de protestation actuel n'a pas surpris les partenaires économiques étrangers de la France, habitués aux grèves françaises, même si au Royaume-Uni, par exemple, nombreux sont les articles de presse à insister sur l'enlisement du conflit. La BBC ne manquait pas de remarquer jeudi que la grève dans le ferroviaire était la plus longue depuis mai 1968.

Le Financial Times, bible des milieux d'affaires, était allé avant Noël à la rencontre des commerçants parisiens et écrivait alors: "Les Français se délectent de leur histoire révolutionnaire et font en général preuve de tolérance envers les grévistes et les manifestants (...) Mais certains esprits s'échauffent et les organisations patronales ont commencé à tirer la sonnette d'alarme."

Pour autant, selon Holger Schmieding, économiste en chef à la Berenberg Bank, l'attractivité et la réputation de la France pourraient ressortir renforcées à l'issue de ce mouvement: "si (Emmanuel Macron) reculait comme Chirac l'a fait dans le passé, il perdrait une partie de sa réputation de réformateur affirmé et cela affecterait à nouveau la nouvelle attractivité de la France comme lieu d'investissement. Mais s'il garde pour l'essentiel le cap, cela améliorerait encore la réputation de la France". (awp)






 
 

AGEFI




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