Emissions record sur les marchés européens et américains

dimanche, 24.11.2019

Catherine Reichlin*

Mais qu’est-ce qui a changé depuis le mois de septembre pour provoquer ce redémarrage en trombe des nouvelles émissions obligataires? 

Les nuages qui assombrissaient les perspectives conjoncturelles se dissipent et pour un nombre croissant d’analystes, la récession pourra être évitée. Un changement d’humeur qui, associé à des espoirs d’accord tarifaire et d’un Brexit sans accord moins présent, a vite fait de relancer l’appétit gargantuesque des marchés de crédit.

Le marché du «high yield» (HY) européen a battu son record historique avec près de 10 milliards d’euros émis au 21 novembre. Les Etats-Unis ne sont pas en reste et novembre devrait être le mois le plus actif depuis 2 ans. La catégorie «investissement» n’a pas à rougir avec près de 40% de hausse de volumes émis par rapport à novembre 2018. Cet appétit a permis à certains qui n’étaient plus en odeur de sainteté, voire qui avait été contraints d’abandonner leurs projets d’émission plus tôt cette année, de se financer à des niveaux que peu auraient cru possible il y a encore quelques semaines. 

Bonne nouvelle pour le fabricant de jouet Mattel qui est parvenu à émettre 600 millions de dollars alors qu’il avait dû renoncer à émettre 250 millions de dollars en août. A l’époque un lanceur d’alerte avait signalé de potentielles irrégularités comptables, forçant Mattel à abandonner son projet. Depuis la société a mené une enquête interne, trouvé des erreurs de comptabilité, republié ses résultats trimestriels et regagné suffisamment de confiance du marché pour emprunter 600 millions de dollars et assurer le refinancement de ses obligations de maturité en 2020 et 2021.

Davantage d’économies de coûts

Jaguar Land Rover a également effectué un retour en fanfare après avoir renoncé à émettre en février. Après avoir annoncé le lancement d’un emprunt de maturité 5 ans de 300 millions d’euros pour un rendement de 6%, le constructeur a finalement émis 500 millions d’euros avec un rendement de 5,875%... y ajoutant un emprunt additionnel de 7 ans avec un rendement de 6,875% pour 300 millions d’euros! Les investisseurs ont été sensibles aux bons résultats publiés par l’entreprise et au démarrage de son partenariat dans le développement de véhicules électriques qui l’amènera à faire davantage d’économies de coûts. 

Autre miracle de marché avec l’entreprise pharmaceutique Teva dont la descente dans les notations HY s’est récemment aggravée par des risques juridiques aux Etats-Unis. Plus de 6 milliards de dollars de carnets d’ordres avant que les niveaux d’émission ne soient officiellement fixés! Une aubaine pour Teva qui a émis 1 milliard d’euros et 1 milliard de dollars lui permettant d’assurer le refinancement de sa dette à court terme.  

Peut-on pour autant en conclure que le marché absorbe tout ce qui lui passe sous le nez? Pas vraiment. Selon une étude de JP Morgan, la dispersion des rendements de l’univers HY est au plus haut de la décennie. Le marché est devenu plus sélectif et les Mattel et autres Jaguar l’ont bien compris. Reste à souhaiter que les investisseurs aient aussi cette même clarté.

*Responsable Recherche Financière chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




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