Elections fédérales et transition numérique

jeudi, 21.11.2019

Patrick Joset*

Patrick Joset

Parue fin octobre dans Le Temps sous le titre «Transition numérique: un appel à l’action», une chronique d’Alessia Neuroni et Jean-Henry Morin a dernièrement capté toute mon attention. Les deux professeurs y fustigent le maigre taux de réponse à un questionnaire sur le thème de la transformation digitale envoyé aux candidates et candidats aux élections fédérales en train de se terminer. En conclusion, les auteurs écrivent qu’il est essentiel que «cet enjeu de responsabilité numérique soit incarné par nos pouvoirs législatifs et exécutifs».

Le fameux questionnaire adressait l’opinion de nos futurs législateurs, avec 20% de taux de réponse. Suivez mon regard: quid de l’exécutif? Or, pratiquement en même temps en date du mois d’octobre 2019 sortait le rapport final sur l’administration numérique de la Confédération**. Ce rapport d’une trentaine de pages «se fonde sur le fait que la transformation numérique requiert de nouvelles approches institutionnelles reposant sur la tradition suisse de la collaboration, mais qu’il est aussi nécessaire d’augmenter le caractère contraignant de cette collaboration». On abonde… mais encore? Le rapport présente trois scénarios distincts, impliquant des niveaux d’ambition divergents. Avec des défis politiques et organisationnels en crescendo, passant du lento pour se rinforzando jusqu’au forte.

Première déception: aucune prise de position claire sur le choix des approches proposées. Cet extrait est éloquent: «Pour pouvoir combiner au mieux les avantages des trois solutions, on a renoncé à choisir aujourd’hui déjà une des trois solutions et prévu à la place une mise en oeuvre par étapes, assortie d’une série d’évaluations et de possibilités d’interrompre la procédure». Ne rien décider est déjà une décision…

La suite du rapport est à l’avenant. Le chapitre consacré aux étapes du projet évoque ainsi un plan de mise en œuvre dont l’initialisation dure… une année! Evidemment, puisque dans les faits il s’agit de trouver, puis de nommer une déléguée ou un délégué à l’administration numérique. Pour le présenter à l’automne 2020 au Conseil Fédéral… On commencera ainsi réellement à travailler sur ce sujet qu’en 2021! Et bonjour pour trouver et se mettre d’accord sur le profil idéal d’ici là…

Je comprends bien les impératifs de notre remarquable système politique et les prérogatives des parties prenantes. Mais ne pourrait-on pas pour une fois créer en réseau plutôt que régir en organigramme hiérarchique? Faire éclater les limites de l’administration pour rassembler en cluster toutes les forces vives du pays? Continuer le travail initié par les nombreuses structures et organisations qui planchent déjà sur le sujet et les impliquer dans le projet? Et enfin pratiquer les mêmes techniques de conception, de création et de collaboration que les start-up? En un mot: innover!

* Groupe ABISSA

**Administration numérique: projet d’optimisation du pilotage et de la coordination au sein de l’Etat fédéral.






 
 

AGEFI




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