Effondrement de l’économie suisse au deuxième trimestre

mardi, 01.09.2020

Daniel Kalt / James Mazeau *

Daniel Kalt / James Mazeau

Au deuxième trimestre, le produit intérieur brut (PIB) helvétique a reculé de 8,2% en chiffres réels par rapport au trimestre précédent. En glissement annuel, le repli s’élève à 9,4%.

La consommation des ménages a plongé de 8,6% en raison de la fermeture des restaurants et des magasins jusqu’à fin avril. La consommation publique a été moins touchée par les mesures de confinement, grimpant même de 0,2%. L’investissement dans la construction et dans l’équipement a fortement reculé (-4% et -11,7% respectivement par rapport au trimestre précédent). Le confinement a occasionné donc non seulement une pause dans la consommation, mais aussi dans l’investissement.

Les exportations ont subi une chute spectaculaire au deuxième trimestre (-11,4%). L’évolution relativement stable dans le secteur des produits pharmaceutiques a toutefois permis d’éviter un déclin encore plus important. Du fait de l’écroulement de la consommation privée, le recul des importations a été bien plus accentué encore (-17%).

PIB en chute libre

Normalement, les récessions en Suisse sont déclenchées par une forte diminution des exportations nettes, alors que la consommation exerce un effet stabilisateur sur la conjoncture. Au deuxième trimestre, c’est le contraire qui s’est produit. A savoir une consommation clairement négative accompagnée d’exportations nettes fortement positives. Cela veut dire que la récession actuelle trouve son origine à l’intérieur du pays.

La diminution du PIB enregistrée au deuxième trimestre est sans précédent depuis le début de la publication des estimations trimestrielles de PIB en 1980 et n’est comparable qu’à l’effondrement de la croissance constaté au milieu des années 1970 lors de la crise pétrolière. Entre avril et mai, la performance économique en Suisse est retombée au niveau de 2013.

En outre, les chiffres de croissance du deuxième trimestre ne représentent qu’une image ponctuelle. En avril, le confinement a causé un quasi-arrêt de l’économie helvétique. Suite à la réouverture dès fin avril, l’activité économique a toutefois connu une forte amélioration. La croissance du PIB pour le trimestre en cours devrait révéler une forte hausse, car l’activité enregistrée entre juillet et septembre sera comparée aux chiffres très médiocres du deuxième trimestre.

Un chemin semé d’embuches

La Recherche d’UBS anticipe un redressement cahoteux. De pair avec l’ouverture de l’économie au début de l’été, le moral des entreprises s’est grandement amélioré. Mais les nouvelles infections au coronavirus ont, depuis juillet, repris le chemin de la hausse, ce qui a mené à un durcissement des mesures. Cela devrait à son tour peser sur la confiance des entreprises et des consommateurs. Une normalisation complète n’est à prévoir qu’au premier semestre 2021, parallèlement au lancement probable d'un vaccin.

Pas de deuxième confinement

Toutefois, le risque d’un deuxième confinement semble assez faible. Dans un tel cas, la reprise en serait nettement retardée. D’une part, la plupart des dirigeants excluent aujourd’hui la possibilité d’un nouveau confinement car, bien que le nombre de nouvelles infections soit en augmentation, les hospitalisations demeurent à un bas niveau. En outre, le vaccin se trouve à un stade de développement relativement avancé et devrait donc être disponible dans la première moitié de l’année prochaine.

Grâce à la politique conjoncturelle efficace du Conseil fédéral et de la Banque nationale suisse (BNS), la récession devrait s’avérer moins prononcée qu’on ne l’avait craint. De ce fait, la Recherche d’UBS révise son estimation de croissance du PIB de –5,5% à –5,1% pour 2020.

* Chef économiste Suisse / économiste, Chief Investment Office (CIO), UBS Global Wealth Management






 
 

AGEFI



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