Ralentissement de la conjoncture déjà palpable

mardi, 11.12.2018

Economie Suisse. Les derniers chiffres de Swissmem dénote une chute des commandes de 12% au troisième trimestre en données corrigées des variations saisonnières.

Marc Brütsch*

Le pétrole brut vaut aujourd’hui 30% de moins que le 3 octobre. Aux Etats-Unis, où la part des taxes dans le coût de l’essence est relativement faible, les prix à la pompe ont commencé à baisser. Un plein coûte aujourd’hui 13% moins cher qu’au mois de mai aux consommateurs américains. La prise en compte des variations saisonnières dans le calcul de l’indice des prix à la consommation aux Etats-Unis amplifiant cet effet sur les deux derniers mois de l’année, dorénavant un recul de l’inflation totale à moins de 2% en décembre outre-Atlantique pourra être prévu. Dans la zone euro également, l’inflation repassera sous 2% fin 2018. Et en Suisse se montre le ralentissement de la conjoncture déjà palpable.

Baisse des carnets de commandes en Suisse

Même si la croissance négative du PIB au troisième trimestre est due aux facteurs temporaires, l’économie est moins dynamique qu’au printemps. Les derniers chiffres de Swissmem, l’association du secteur des machines, des équipements électriques et des métaux, dénote une chute des commandes de 12% au troisième trimestre en données corrigées des variations saisonnières. Swissmem indique que plus de 80% de ses membres exportent leur production. Bien que le tassement des commandes dans ces secteurs reflète le ralentissement de la croissance mondiale, la consommation intérieure connaît aussi un passage à vide, avec la stagnation des ventes de détail et un recul des ventes de voitures de 9% par rapport au premier semestre. Ces dernières devraient remonter suite à l’arrivée des nouveaux diesels compatibles avec les nouvelles normes antipollution, mais les autres freins à la croissance devraient perdurer et se ressentir l’an prochain. Motif de prudence supplémentaire: l’immigration ne stimulera plus l’activité dans les mêmes proportions que pendant la dernière décennie, puisque 33 000 personnes de moins seront arrivées en Suisse en 2018 que lors des années 2013 à 2015.

Rebond au dernier trimestre dans la zone Euro

Les prix du fioul ne refléteront que plus tard la chute du cours au comptant du pétrole et de ses dérivés depuis début octobre. Plus vite les capacités de transport sur le Rhin s’amélioreront, plus vite l’inflation totale baissera, pour passer selon nous en dessous de 1% en décembre. Toujours mis à mal face à internet et aux nouveaux concurrents, les commerçants traditionnels peuvent difficilement augmenter leurs prix. En outre, les loyers devraient reculer selon nous ces prochains trimestres. Comme ils représentent près de 20% de l’indice des prix à la consommation, leur stabilisation, voire leur baisse, aidera à contenir l’inflation à l’avenir.

Les derniers chiffres confirment la prévision de poursuite du ralentissement économique vers la fin de l’année. Un modèle fondé sur l’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier laisse prévoir une croissance de 0,3% au dernier trimestre. Pour l’instant, on pourra attendre malgré tout un léger rebond pour cette période. Les chiffres du PIB allemand ont été lourdement déformés par les problèmes des constructeurs automobiles, d’où un solde commercial inhabituellement défavorable, marqué par la chute libre des exportations et par une augmentation correcte des importations. Le phénomène ne devrait toutefois pas durer et nous attendons une remontée au quatrième trimestre. Le Brexit et le différend budgétaire de l’Italie avec la Commission européenne pèsent sur le moral économique et pourraient reporter les décisions d’investissement des entreprises. En Italie, le coût du crédit au secteur privé se redresse déjà. Dans ses dernières prévisions, l’OCDE estime que la politique budgétaire devrait apporter une contribution à la croissance un peu plus positive au cours des trois prochaines années que durant la période de 2016 à 2018. 

L’évolution récente des prix du pétrole confirme: le pic de l’inflation totale de la zone euro sera temporaire et la BCE n’aura pas à normaliser plus rapidement sa politique monétaire. L’inflation atteint tout de même 2,2% et dépasse donc l’objectif de la banque centrale («proche de 2%, sans toutefois les atteindre»). Il est vrai également qu’elle excède aujourd’hui 1,8% dans 14 des 19 pays membres. Soulignons toutefois que la composante «énergie» de l’indice des prix à la consommation compte pour 1% dans l’inflation totale annuelle de 2,2% enregistrée en octobre, suite au renchérissement du pétrole sur ces 12 mois. Depuis, le baril a cédé 18% en euros, assez pour tirer l’inflation sous les 2% d’ici à fin 2018.

*Chief Economist chez Swiss Life Asset Managers






 
 

AGEFI



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