Les accords avec les fermiers assurent l’approvisionnement de Firmenich

mercredi, 04.07.2018

L’approvisionnement dans les filières critiques est sécurisé pour limiter l’exposition du fabricant de parfums et d’arômes aux fluctuations.

Christian Affolter

Nollaig Forrest, porte-parole communication institutionnelle de Firmenich.

Le groupe genevois Firmenich, en mains familiales, s’illustre en tant que partenaire du Global Compact Network Switzerland à travers l’hygiène sanitaire. Mais au-delà des avantages insoupçonnés de toilettes propres, cette innovation est complétée par de nombreuses autres approches s’inscrivant dans le développement durable. Ces démarches ont en commun qu’elles cherchent à sécuriser les chaînes d’approvisionnement, et par là-même la qualité des produits du groupe. L’exemple de Firmenich montre que les groupes familiaux sont souvent particulièrement réceptifs aux concepts de développement durable. Car ils créent des modèles d’affaires pérennes. Entretien avec la porte-parole communication institutionnelle de Firmenich, Nollaig Forrest.

Qu’est-ce qui amène une entreprise familiale comme Firmenich à s’engager fortement dans le domaine du développement durable?

Nous défendons une vision à long terme, qui n’est pas négociable. Etre une entreprise familiale aide en ce sens : les dirigeants de Firmenich souhaitent avant tout remettre l’entreprise à la prochaine génération dans les meilleures conditions possibles. Toute entreprise ayant une vision à long terme est durable par définition, cela relève du bon sens. Dans ce contexte la durabilité agit comme un filtre à décisions. De plus, quand on prend la culture d’entreprise suisse qui est basée sur la qualité. Aujourd’hui on ne peut pas se targuer de faire de la qualité sans être une entreprise responsable.

Avez-vous lancé d’autres initiatives au niveau des producteurs?

Nous sommes engagés pour un approvisionnement responsable et travaillons dans ce sens avec des communautés de petits fermiers partout dans le monde qui cultivent des fleurs, de la vanille et d’autres ingrédients. Notre engagement permet la stabilisation de ces chaînes de valeur, en créant des écosystèmes durables autour  de ces petits fermiers. Nous leur payons une prime pour investir dans des projets qui développent leur communauté  Nous appliquons cette démarche à toutes nos filières critiques. Prenez l’exemple de la vanille: les fluctuations de prix de celle-ci sont très importantes. Stabiliser la filière permet d’atténuer ces effets. . Nous investissons ainsi dans l’éducation à Madagascar, par exemple dans une école primaire, ainsi que dans un centre de formation en agriculture pour adultes. Nous soutenons aussi nos partenaires à diversifier leurs cultures pour augmenter leurs sources de revenus.  Nos programmes ont  également un effet positif sur les méthodes de production pour améliorer les rendements des petits fermiers. Au Guatemala, notre production de cardamome est totalement traçable, avec une empreinte carbone neutre. Cela permet de développer toute une gamme de produits de qualité supérieure, avec des critères élevés en matière de droits humains et de l’environnement.

Quelle est la prochaine étape?

Notre programme d’envergure « Naturals Together » rassemble plusieurs partenaires stratégiques sur le terrain. Cette communauté se réunit une fois par année, pour le partage d’innovations dans le domaine des ingrédients naturels, qui sont très demandés. Cela débouche sur du cross-monitoring et du cross-coaching. Le consommateur exige une transparence et une traçabilité toujours plus importante. Nous avons des partenariats à la source, avec des organisations qui nous épaulent, pour assurer que nos filières soient durables et responsables. Nous sommes également les premiers de l’industrie à avoir imposé la norme que tous les nouveaux ingrédients introduits dans notre palette de création  soient biodégradables. Les ingrédients dérivés de plantes (bio-based) en représentent la dernière génération. Cela dit, l’un ne remplace pas l’autre, ils sont complémentaires.

Qu’en est-il du côté de vos clients B2B?

Ce sont notamment les grands groupes de produits de consommation qui demandent de la transparence et la traçabilité des ingrédients que nous utilisons. Chaque industrie a ses devoirs. Mais aucune entreprise n’a toutes les réponses. Ce n’est qu’ensemble que nous arrivons à créer un impact au niveau des 17 objectifs de développement durable auxquels nous adhérons tous. Firmenich est très engagé dans ces initiatives inter-entreprises, et de plus en plus de sociétés travaillent sur ce modèle.

L’engagement pour la durabilité peut déboucher sur de nouvelles opportunités et collaborations

Quel est le lien entre les toilettes innovantes et cet engagement pour la qualité?

Notre démarche est en lien direct avec le terrain. Nous voulons répondre aux défis sanitaires et améliorer les conditions de vie dans les régions où nous opérons. Quand nous avons réalisé que notre savoir-faire en odeurs pouvait jouer un rôle considérable dans l’amélioration des conditions d’hygiène dans les pays en voie de développement, nous avons décidé de faire partie de la solution.

Nous nous sommes mobilisés aux côtés d’autres entreprises qui comme nous voyaient l’opportunité de transformer ce défi public en opportunité d’affaires à long terme.  Je pense notamment aux infrastructures, aux «sainpreneurs» qui peuvent exploiter des toilettes de voisinage payantes, à l’économie circulaire, en convertissant la matière fécale en biofertilisants, notamment pour les plantations de thé, ou biogaz, ou encore aux capteurs de bactéries pouvant être installés dans ces toilettes pour la détection d’infections. Notre approche est donc de participer à la création d’opportunités d’affaires durables.

Est-il plus difficile pour une PME de s’engager pour le développement durable que pour une grande entreprise?

Non, pas du tout. Cette démarche est avant tout un filtre de décision. C’est la manière d’aborder la problématique qui compte, et non la taille de l’entreprise.

Cela vaut par exemple aussi pour l’empreinte carbone: notre objectif est que l’énergie consommée provienne à 100% de sources renouvelables. Au niveau du groupe, nous en sommes aujourd’hui à 75%, tandis qu’en Suisse, nous avons déjà atteint cet objectif. L’impact global est positif, même en payant un peu plus cher pour l’énergie. Nos efforts ont d’ailleurs été récompensés en avril par le Trophée Ambition Négawatt des Services Industriels de Genève (SIG). – (CA)






 
 

AGEFI



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