Grand écart sur les PMI

lundi, 25.02.2019

Du point de vue des marchés financiers, le PMI manufacturier reste l’un des indicateurs les plus suivis.

Enguerrand Artaz*

Le même triptyque continue de nourrir l’actualité et les mouvements de marché: le ton plus accommodant des banquiers centraux, les craintes sur la croissance mondiale et les négociations sino-américaines sur le commerce. 

Au-delà de cette toile de fond persistante, la semaine écoulée nous a proposé un intéressant phénomène avec la publication des indices PMI préliminaires pour le mois de février. Aux Etats-Unis comme en Allemagne et en zone euro, les chiffes du secteur manufacturier ont déçu en se dégradant tandis que ceux des services se sont redressés, dépassant les attentes du consensus. Cette déconnexion entre la confiance placée dans le secteur industriel et dans le tertiaire n’est pas exceptionnelle. Elle invite toutefois à s’interroger. Du point de vue des marchés financiers, le PMI manufacturier reste l’un des indicateurs les plus suivis, avant le PMI services. C’est ce que l’on constate si l’on regarde par exemple la note d’importance de Bloomberg. Cette note, qui mesure l’impact potentiel des chiffres économiques sur les marchés, est systématiquement plus élevée pour les chiffres du secteur manufacturier que pour celui du tertiaire.

Pourtant, au regard du poids pesé dans l’économie, ce sont bien les services qui se taillent la part du lion. Ils représentent environ 60% de l’économie mondiale, et plus encore dans les pays développés (69% en Allemagne, 80% aux Etats-Unis). Et à mesure que les pays émergents, Chine en tête, opèrent une mutation de leur modèle économique, cette proportion ne fait que croître. Rien de nouveau direz-vous. Ce phénomène de tertiarisation de l’économie a près d’un siècle, le poids du secteur tertiaire des économies développées a dépassé celui des secteurs agricole et industriel dans les années 1930.

Un bon indicateur

Alors, pourquoi cette prééminence du secteur industriel dans l’analyse économique perdure-t-elle? La raison essentielle réside dans le fait que le secteur tertiaire s’est développé comme le prolongement du secteur manufacturier, le niveau d’activité dans les services dépendant directement du niveau d’activité du secteur industriel. L’activité industrielle, que mesure le PMI manufacturier, est donc considérée comme un bon indicateur avancé de l’activité dans les services. Mais cette dépendance du secteur tertiaire vis-à-vis du secteur manufacturier est-elle encore si vraie? Dans les économies matures, plus les services aux entreprises et à la personne se développent, plus les modes de consommations évoluent, plus la digitalisation progresse, moins cela est évident.

Une coloration différente

Or, si l’on se focalise sur les PMI services qui reflètent la plus grande part de l’économie, les publications de la semaine dernière, et plus largement l’image de l’économie mondiale, prennent une coloration différente. Bien que les chiffres du tertiaire attestent eux aussi d’un ralentissement de la croissance, ils restent pour la plupart nettement au-dessus du seuil des 50 (qui marque la limite entre expansion et contraction de l’activité). Leurs homologues manufacturiers, quant à eux, le frôlent ou le franchissent à la baisse. Signe que la plus grande part de l’économie ne va pas si mal. Une bonne nouvelle hélas méconnue!

Zoom sur le titre Cellnex: acquisitions en vue

Le leader européen des tours de télécommunications a publié des chiffres solides pour son exercice 2018, accompagnés d’objectifs 2019 satisfaisants. En hausse de 14%, le chiffre d’affaires 2018 ressort en ligne avec les attentes, tout comme l’EBITDA, en hausse de 20% à 418 millions d’euros, ainsi que les flux nets de trésorerie disponible, qui atteignent 305 millions. La croissance purement organique des anciens contrats a rapporté 16 millions d’EBITDA supplémentaires, tandis que 22 millions proviennent de nouveaux contrats – signés avec Bouygues Télécom et Sunrise – et 27 millions d’accords avec Swiss Towers et XOC. Le groupe a poursuivi son développement avec un nombres de tours en hausse de 12%. Le ratio nombre de clients connectés / tour de colocation, clé dans la profitabilité future du groupe, progresse de 1,55 à 1,60. 

Pour mémoire, les acteurs américains comme American Tower se situent entre 2 et 2,5 dans un marché totalement consolidé (avec une marge d’EBITDA de 60% contre 46,3% pour Cellnex). Cellnex a précisément pour vocation d’être le consolidateur du marché européen. A l’automne dernier, la holding de contrôle de Cellnex a fait entrer au capital deux fonds souverains, afin de «préparer» la stratégie de consolidation. A noter que la dette nette ressort à 3,1 milliards, soit 5,3 fois l’EBITDA. 

Les objectifs 2019 sont satisfaisants, sans surprise particulière, avec un EBITDA compris entre 640 et 655 millions, une expansion des dépenses d’investissement de 10% et un dividende en hausse de 10%. Les surprises viendront des prochains deals, validant le statut de consolidateur de Cellnex.

*Analyste-gérant à La Financière de l’Echiquier 






 
 

AGEFI



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