Du calme après la tempête?

mardi, 08.01.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

La capitalisation des marchés boursiers dans le monde est passée de 81.200 milliards de dollars au 1er janvier 2018 à 69.700 milliards de dollars au 31 décembre 2018, soit une baisse de 11.600 milliards, ou de 14,3% (Bloomberg). 2018 s’est révélée comme la pire année pour les marchés boursiers depuis 2008, marquée par une chute de 46,7%.

Quelques marchés ont pourtant connu des gains spectaculaires, avec en tête la hausse de 32% en devise locale (30% en francs suisses) de la bourse jamaïcaine. L’Ukraine et le Qatar arrivent en deuxième et troisième position en francs suisses, avec une appréciation de 23% et de 22% respectivement. Parmi les pires performances, nous trouvons l’Argentine en baisse de 50%, et Shanghai (-28%), toujours en francs suisses. L’indice suisse, le SMI, a perdu 10,2% en 2018.    

En 2018, les marchés obligataires ont touché un plus haut de 250.000 milliards de dollars, dont 60.500 milliards de dette publique. Le marché de la dette est donc plus de trois fois plus important que les marchés boursiers, en dollars, à l’échelle mondiale. Pratiquement tous les segments du marché obligataire ont également enregistré des pertes en 2018, à l’exception de certaines dettes souveraines. La liquidité, surtout en dollars américains, a donc réalisé l’une des meilleures performances en 2018. Le dollar s’est apprécié de près de 5% contre l’euro en 2018.

Dans la sphère des matières premières, le palladium est arrivé en tête en 2018, avec une performance de 18,6% en dollars (19,6% en francs suisses). Le blé a enregistré des gains comparables. A l’autre bout du spectre, le pétrole (WTI) a perdu près de 25% de sa valeur en 2018. L’or a également déçu, voyant son prix baisser de 1,6%.

Pourtant, l’économie globale continue à évoluer avec une croissance proche de sa moyenne depuis 1969, soit environ 3,5% de croissance réelle par an. L’inflation mondiale a augmenté d’un plus bas à 2,8% en 2015 à 3,8% en 2018, mais le taux reste très modeste par rapport à la moyenne de 11% depuis 1980. Le taux de chômage mondial a baissé à 5,6% en 2017, après un plus haut à 5,9% en 2009. Selon ces quelques éléments macro-économiques, l’économie se porte plutôt bien, et la baisse généralisée des marchés en 2018 ne semble pas justifiée.

Pourtant, la baisse pourrait s’expliquer par les anticipations des intervenants des marchés. En effet, la majorité des analystes s’attend à un ralentissement de l’économie mondiale, sans pour autant prévoir une récession. Il est vrai que les récessions sont souvent déjà bien enclenchées lorsque l’on s’en aperçoit. Les plus grands risques pour l’économie mondiale résident dans l’accroissement des tensions sur le plan du commerce international, un prix du pétrole élevé, une nouvelle appréciation du dollar américain, et des hausses des taux d’intérêts, américains et ailleurs, plus prononcées que les niveaux actuellement anticipés. Parmi cette liste, le protectionnisme apparaît comme risque le plus menaçant, tandis que les autres phénomènes semblent maîtrisés. En particulier, les taux d’intérêts vont très probablement rester bas pendant une plus longue période que ce que nous avons connu par le passé. Le poids de la dette dans les économies matures empêchera des hausses sensibles des taux directeurs puisqu’aucune banque centrale ne voudra être à l’origine d’une crise obligataire au sein de son économie.

Malgré ces risques, le contexte macro-économique mondial laisse augurer plus de calme sur les marchés financiers en 2019, après la tempête de 2018. Nous l’espérons tous.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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