Du bon usage de la canicule

dimanche, 19.08.2018

Jacques Neirynck*

Voici quelques années, un dîner avec quelques personnes dont la fonction devait leurs permettre d’être bien informés: journalistes, avocats, chefs d’entreprise. La conversation en vint à la fonte des glaces arctiques. Chacun y alla de son explication, sans évoquer le changement climatique, que je fus seul à alléguer. Les autres convives me regardèrent avec commisération: comment me laissai-je influencer par les approximations des médias, les fantasmes des écologistes et les brèves de comptoir? 

Telle fut la force du déni de réalité parmi les décideurs, lorsqu’un problème insoluble surgit. Depuis le début de l’ère industrielle, la teneur en CO2 de l’atmosphère a augmenté d’environ 42 % en 177 ans. Or ce gaz est absorbant dans le domaine infrarouge, de sorte qu’il tend à bloquer la réémission vers l’espace de l’énergie thermique reçue au sol sous l’effet du rayonnement solaire. Par ailleurs, l’acidification des océans résultant de la dissolution du CO2 atmosphérique pourrait compromettre la survie de nombreux organismes marins. Telle est la réalité du changement climatique, qui n’est ni un hasard cosmique, ni le résultat d’une campagne de presse, ni une manie des Verts. 

Cette évidence ne paraissait et ne parait toujours pas acceptable, car l’économie ne peut se passer pour l’instant des combustibles fossiles. Il faudrait pour cela bouleverser le système technique, afin de diminuer drastiquement le nombre de voitures, de machines agricoles, de voyages aériens, de chauffage au mazout, de fabrication de plastique, de tout en somme de ce qui fait notre vie et notre survie aujourd’hui. On imagine les pertes d’emplois, les disruptions d’approvisionnement, les tsunamis boursiers. Aucun dirigeant d’entreprise responsable ne peut formuler un acte de foi dans un avenir aussi incertain.

La situation va encore s’aggraver

Or, l’été 2018 a dévoilé des suites du réchauffement climatique, qui dépassent tout ce que l’on avait connu et tout ce que l’on avait prévu. Il n’y a pas que la banquise et les glaciers alpins qui ont fondu. Sur tout l’hémisphère nord, la sécheresse, les incendies de forêt, la canicule urbaine. Même si nous cessions instantanément de brûler des combustibles fossiles, on sait que la situation va encore s’aggraver par suite de l’inertie du phénomène. Nous avons vraiment modifié le climat et nous continuons à le faire sans aucun répit. Mais à partir de cet été nous ne pouvons plus feindre de l’ignorer.

La mutation industrielle créera des emplois dans d’autres secteurs que ceux qui péricliteront. Il faut donc que le politique mobilise toutes les forces dans cette direction. Mais en démocratie, il faut que le peuple le suive en majorité. La canicule constitue donc une gigantesque opération pédagogique dont il faut se féliciter.

*Professeur honoraire EPFL






 
 

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