Les manœuvres électorales américaines

lundi, 05.11.2018

Donald Trump, qui s’est impliqué dans la campagne au point d’évoquer un référendum à son sujet, a tout intérêt à multiplier les annonces de succès car les Républicains risquent gros.

Enguerrand Artaz*

Après avoir rechuté la semaine précédente, les marchés actions ont clôturé le mois d’octobre sur un franc rebond. Si ce sont essentiellement des éléments techniques ainsi que de bons résultats d’entreprises qui ont amorcé la dynamique, celle-ci a ensuite été soutenue, une fois n’est pas coutume, par des déclarations de Donald Trump. 

Le président américain a en effet annoncé jeudi que les négociations commerciales avec la Chine progressaient, et qu’il souhaitait rencontrer le leader chinois Xi Jinping à l’occasion du prochain sommet du G20 en Argentine. Une volonté partagée par Xi Jinping si l’on en croit la presse chinoise: cette dernière a également relaté l’échange entre les deux hommes, tout en réaffirmant le souhait du président chinois d’aboutir à un accord. Il est naturellement encore trop tôt pour se réjouir tant les retournements qui ont ponctué les relations entre les deux pays ont été nombreux depuis le début de la «guerre commerciale». Par ailleurs, si la confirmation par des sources chinoises de la teneur de ces échanges laisse peu de doutes quant à leur authenticité, le timing n’est sans doute pas innocent de la part de Donald Trump qui s’exprime à quelques jours des élections de mi-mandat.

Vers une défaite républicaine à la Chambre basse

Ces dernières, qui se tiendront le 6 novembre, remettront notamment en jeu les 435 sièges de la Chambre des représentants, ainsi que 35 des 100 sièges du Sénat. Le président américain, qui s’est fortement engagé dans la campagne au point d’évoquer un référendum à son sujet, a donc tout intérêt à multiplier les annonces de succès car le camp républicain risque gros. Si le parti de D. Trump devrait réussir à conserver sa courte majorité au Sénat, il semble en revanche très proche de la perdre à la Chambre des représentants. Or si les Démocrates reprenaient le pouvoir à la Chambre basse, M. Trump verrait sa marge de manœuvre politique considérablement réduite.

Le cas extrême que constituerait le lancement d’une procédure d’impeachment à l’encontre du président est peu probable, car cette dernière nécessite une majorité des deux tiers au Sénat. On peut néanmoins anticiper des scénarios de paralysie parlementaire, de blocage des nominations juridiques ou encore l’ouverture de nouvelles enquêtes.

Réaction des marchés peu prévisible

Du point de vue des marchés, une prise de pouvoir des Démocrates à la Chambre des représentants serait probablement perçue comme une bonne nouvelle dans un premier temps. Outre les progrès rapportés par M. Trump, ce renversement de majorité augmenterait en effet nettement les chances de détente avec la Chine, et plus généralement sur la problématique commerciale au niveau mondial. Mais alors que les salaires accélèrent aux Etats-Unis, que les taux courts remontent et que la fin du cycle semble se dessiner de manière un peu plus certaine, l’hypothèse d’une opposition parlementaire entre une Chambre démocrate et un Sénat républicain n’est pas nécessairement de bon augure. La réaction des marchés à cette échéance électorale paraît donc, pour l’heure, assez peu prévisible.

Zoom sur deux titres

Beneteau 

Beneteau, le constructeur français de bateaux a délivré de solides chiffres au titre du 4e trimestre, lui permettant de boucler son exercice 2017-2018 légèrement au-dessus des attentes. Sur la période, le chiffre d’affaires du groupe a progressé de 8,5%, atteignant 1,29 milliards d’euros (contre une croissance attendue de 8%). Son résultat opérationnel s’élève à 87,6 millions, soit une marge de 6,8%. Si les impacts devises ont pesé, les couvertures de change ont permis de couvrir 50% de ces effets. Ajusté de la couverture, la marge opérationnelle se porte à 7% (6,9% l’an dernier). On notera également la très bonne génération de liquidités, en dépit d’un taux d’impôt exceptionnellement élevé, avec un niveau de trésorerie nette à 162 millions en fin d’exercice, bien supérieur aux attentes du marché. Le ton du groupe nautique est relativement confiant sur 2019, avec notamment des marchés de la plaisance toujours bien orientés. Beneteau est en réflexion sur la division «grands yachts», où la concurrence est rude, avec le lancement prévu de trois nouveaux modèles qui feront office de test. Le groupe n’a par ailleurs pas abandonné la réflexion sur l’«habitat loisir», n’excluant pas une cession à terme de cette activité. Beneteau a confirmé ses objectifs 2020, ce qui devrait rassurer les marchés. Le cours de Bourse a particulièrement souffert cette année sur fond de craintes liées aux barrières douanières, craintes probablement surestimées. Cette publication devrait ainsi permettre au titre de retrouver des niveaux de valorisation plus en adéquation avec ses fondamentaux. 

Teleperformance 

Teleperformance a publié un chiffre d’affaires en croissance de 8,3% au 3e trimestre, en ligne avec le bon rythme enregistré au premier semestre. Il s’agit pour le groupe français du 26e trimestre consécutif de croissance organique supérieure à 5%. Pour la deuxième fois de l’année, le management a relevé ses objectifs de croissance 2018 à +8% (+de 7,5% précédemment), avec une marge d’EBIT anticipée supérieure à 13,5%. Un message de confiance commence à être passé pour 2019. Le momentum opérationnel reste solide: les activités «cœur» (85% du chiffre d’affaires) progressent de 9,3%. Les services spécialisés sont en hausse de 3%, affectés par le changement de méthode de facturation par le gouvernement britannique sur l’une des divisions. Révisée de cet effet ponctuel, la croissance est de 6% à 6,5% sur le trimestre.

*Analyste-gérant à La Financière de l’Echiquier 






 
 

AGEFI



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