Donald Trump souhaite des résultats d'entreprises tous les six mois

samedi, 18.08.2018

Donald Trump a proposé que les résultats des entreprises soient publiés tous les six mois au lieu de trois comme actuellement.

Donald Trump souhaite donner plus de flexibilité aux entreprises cotées. (Keystone)

Donald Trump a évoqué vendredi l'idée d'une publication des résultats des entreprises cotées tous les six mois au lieu de trois comme c'est le cas actuellement et demandé au gendarme américain de la Bourse, la SEC, de se pencher sur la question.

Le président américain relance ainsi le débat sur une question devenue un vieux serpent de mer dans les milieux d'affaires et financiers.

Dans un tweet, M. Trump explique avoir consulté "certains des plus grands chefs d'entreprises du monde" sur la façon de créer davantage d'emplois et d'améliorer encore le climat des affaires et on lui aurait dit: "Arrêtez la publication des résultats trimestriels et adoptons un système de six mois".

"Ca donnerait plus de flexibilité (aux entreprises NDLR) et économiserait de l'argent. J'ai demandé à la SEC d'étudier" cette proposition, enchaîne le locataire de la Maison Blanche.

La SEC "continue d'examiner les exigences de communication financière des entreprises cotées, dont leur fréquence", a réagi le régulateur, incitant investisseurs et sociétés à lui faire part de leurs remarques.

Le chef d'entreprise à l'origine de la suggestion est Indra Nooyi, la pédégère sur le départ de PepsiCo, a confirmé le géant des boissons et des snacks.

"Mes propos s'inscrivaient dans un contexte général (...) lié à une réflexion sur la manière d'orienter les entreprises à adopter une stratégie de long terme", explique Mme Nooyi. Ils suggèrent "d'explorer une harmonisation des systèmes de communication financière américain et européen. En fin de compte toutes les entreprises doivent trouver un équilibre entre performances sur le court et le long termes", ajoute la dirigeante.

Les partisans de la suppression des résultats trimestriels estiment que ces rapports d'étape censés fournir un carnet de santé d'une entreprise à un moment donné mettent beaucoup de pression à court terme au détriment de la performance à long terme.

Ils ajoutent qu'il faut du temps pour que des investissements effectués par une entreprise produisent leurs fruits.

Une étude du cabinet KPMG de 2016 a conclu que la communication financière des entreprises était "encore très court-termiste". Par exemple, seuls 9% des rapports donnent de la visibilité sur la performance opérationnelle dans les cinq prochaines années.

Couper la poire en deux

Un semestre "donne du temps aux patrons pour préparer un bon produit à présenter aux investisseurs et ça relâche la pression sur les entreprises en difficulté", affirme John Rogers, le PDG du fonds Ariel Capital Management interrogé sur la chaîne CNBC.

Il ajoute toutefois que pour les investisseurs et le grand public, "ça va susciter beaucoup d'interrogations sur l'état de santé des entreprises et causer plus de volatilité sur les marchés en raison du manque d'informations".

La SEC, créée en 1934 en pleine Grande dépression, exige des entreprises cotées de publier à la fin de chaque trimestre des résultats sur leur performance afin d'informer le public sur leurs opérations et leur situation financière.

Ces informations ont des conséquences non seulement sur la capacité d'une société à emprunter sur les marchés financiers l'argent nécessaire pour financer son développement mais aussi sur l'évolution de son action en Bourse. Si les chiffres sont bons, les conditions d'emprunt sont bonnes et le titre monte; s'ils sont mauvais les taux d'intérêt exigés sont souvent plus élevés.

Les résultats trimestriels sont également l'un des rares rendez-vous au cours duquel, via une conférence téléphonique, analystes financiers, journalistes et parfois des petits porteurs interpellent les dirigeants sur les sujets qui fâchent.

Tout faux-pas peut affecter lourdement l'action en Bourse, ce qui pousse les patrons à consacrer beaucoup de temps à la préparation de ce moment, qui se répète quatre fois par an.

Pour les entreprises de taille moyenne, la publication des résultats trimestriels est souvent un moyen de capter l'attention de la communauté financière.

Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan Chase et patron de la principale organisation patronale américaine, et le milliardaire Warren Buffett, proposent une solution médiane, qui reviendrait à maintenir les résultats trimestriels mais à supprimer les prévisions parce que ces dernières n'encouragent pas, selon eux, à investir sur le long terme.

"Selon notre expérience, les prévisions trimestrielles ont souvent conduit à une focalisation malsaine sur les profits au détriment de la stratégie de long terme, la croissance et la durabilité", dénoncent MM. Dimon et Buffett dans une tribune publiée le 6 juin dans le Wall Street Journal. (awp)






 
 

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