Les menaces de Donald Trump contre l'Iran

mercredi, 01.01.2020

Donald Trump a émis de vives protestations contre l'Iran après l'assaut de l'ambassade américaine à Bagdad.

Des milliers de manifestants pro-Iran ont pris d'assaut l'ambassade américaine à Bagdad. (Keystone)

Donald Trump a menacé mardi de faire payer le "prix fort" à Téhéran après la prise d'assaut de l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad par des milliers de manifestants pro-Iran au cri de "mort à l'Amérique".

"L'Iran sera tenu pleinement responsable des vies perdues ou des dégâts occasionnés dans nos installations. Ils paieront LE PRIX FORT!", a prévenu dans un tweet le président des Etats-Unis. "Ceci n'est pas une mise en garde, c'est une menace", a-t-il ajouté.

La diplomatie iranienne a de son côté dénoncé "la surprenante audace des responsables américains" qui "attribuent à la République islamique d'Iran les manifestations du peuple irakien contre leurs actes cruels".

La tension déjà vive entre Washington et Téhéran est encore montée d'un cran mardi, renforçant les craintes d'une escalade qui dégénère en confrontation militaire directe entre les deux pays ennemis.

Pour l'instant, c'est l'Irak, comme pris en étau entre ses deux encombrants alliés, qui est le théâtre de leurs bras de fer.

Mardi soir, des centaines de partisans des groupes pro-Iran en Irak maintenaient un sit-in aux abords de l'ambassade des Etats-Unis pour protester contre les raids aériens américains qui ont tué dimanche 25 combattants des brigades du Hezbollah.

Ce groupe armé chiite, membre du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires irakiens dominée par des factions pro-Iran et intégrée aux forces régulières, est accusé par Washington d'une attaque à la roquette qui a tué vendredi un Américain.

Zone verte, portes ouvertes

Durant deux mois, les Etats-Unis n'avaient pas répondu à dix attaques de ce genre contre leurs intérêts en Irak. Mais les représailles du week-end ont exacerbé le sentiment anti-américain dans le pays.

Dès mardi matin, partis en cortège funéraire, des milliers de combattants et partisans du Hachd sont entrés dans l'ultrasécurisée Zone verte de Bagdad, où se trouvent l'ambassade américaine et les plus hautes institutions du pays, sans être stoppés par les forces irakiennes postées aux entrées.

Ils ont ensuite investi le vestibule où la sécurité de l'ambassade filtre habituellement les visiteurs, brûlé des installations à l'extérieur, arraché les caméras de surveillance, jeté des pierres sur les tourelles de ses gardes et couvert les vitres blindées avec des drapeaux du Hachd et des brigades du Hezbollah, selon des journalistes de l'AFP.

Les forces irakiennes de sécurité ont vainement tenté de les en empêcher.

Depuis l'intérieur de l'ambassade, les forces américaines ont brièvement tiré en l'air à balles réelles avant d'utiliser des grenades lacrymogènes et assourdissantes pour disperser les manifestants. Le Hachd a fait état de 62 blessés.

Le gouvernement américain a dans un premier temps haussé le ton à l'égard des autorités irakiennes, leur demandant de "protéger l'ambassade" et prévenant que les Etats-Unis étaient prêts à "défendre leurs ressortissants".

Le Pentagone a d'ailleurs envoyé sur place des Marines en renfort, arrivés rapidement en hélicoptère dans l'enceinte du gigantesque complexe de l'ambassade.

"Soleimani, mon chef"

Mais Washington a prévenu n'avoir "aucun plan visant à évacuer" la chancellerie, dont le personnel non-essentiel a déjà été rappelé en mai. L'ambassadeur américain, en voyage privé hors d'Irak, était en train de regagner son poste.

Deux heures après le début de l'attaque, le Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi a appelé les manifestants à se retirer. Son appel a été entendu par certains protestataires qui ont quitté la Zone verte alors que les forces spéciales irakiennes se déployaient aux abords de l'ambassade.

Mais des centaines d'entre eux se sont installés sous des tentes devant le complexe pour y passer la nuit.

"Non à l'Amérique", "Fermé sur ordre des brigades de la résistance", ont écrit sur un mur de la chancellerie les manifestants. On pouvait aussi lire "Soleimani est mon chef", en référence au puissant général iranien Qassem Soleimani, qui déjà préside aux négociations pour former le futur gouvernement en Irak.

Dans la soirée, après plusieurs coups de fil du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo et de Donald Trump lui-même aux dirigeants irakiens, le président américain les a remerciés pour leur "réponse rapide".

Le locataire de la Maison Blanche a préféré mettre la pression sur l'Iran, accusé dès le début d'avoir "orchestré" cette "attaque" contre l'ambassade.

Allusion à Téhéran, 1979

Sur Twitter, un responsable du Hachd a fait un parallèle entre l'attaque contre l'ambassade à Bagdad et la prise d'otages à l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979, qui reste un traumatisme pour les Américains.

L'Irak est déjà secoué depuis le 1er octobre par une révolte populaire qui dénonce le pouvoir irakien accusé de corruption et d'incompétence, de même que l'influence du voisin iranien.

Alors que la flambée de tensions irano-américaines a semblé éclipser ce mouvement inédit qui se poursuit, les députés, incapables de s'accorder sur les réformes réclamées par les manifestants antipouvoir, s'activent désormais à d'autres changements.

Ces deux derniers jours, plus d'une centaine d'entre eux ont signé un appel à inscrire l'éviction des troupes étrangères d'Irak à l'ordre du jour du Parlement.

Les factions armées et politiques pro-Iran appellent régulièrement à dénoncer l'accord de coopération américano-irakien qui encadre la présence de 5.200 soldats américains en Irak.

Mardi a marqué "la première leçon" pour "Trump qui a commis une grande folie", ont prévenu les brigades du Hezbollah. "La seconde leçon sera la loi qui boutera les forces d'occupation" d'Irak. (awp)






 
 

AGEFI




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