Le conflit économique s’accentue entre les Etats-Unis et Cuba

jeudi, 18.04.2019

Donald Trump a augmenté la pression sur l’Etat des Caraïbes, aux dépens de l'Union européenne et touchant ainsi le Vénézuela

Donald Trump. La Maison Blanche a du même coup déployé une batterie de sanctions à l'encontre du Venezuela et du Nicaragua. (Keystone)

Le président des Etats-Unis a nettement accentué, hier, la pression économique sur Cuba. Au programme: limite des voyages et des transferts d'argent américains, tout en ouvrant la voie à des milliers d'actions en justice contre des entreprises étrangères présentes sur l'île socialiste, une décision jugée «regrettable» par l'Union européenne et le Canada.

L'objectif: atteindre le Venezuela 

La Maison Blanche a du même coup déployé une batterie de sanctions à l'encontre du Venezuela et du Nicaragua, affirmant que Donald Trump prenait, en agissant contre ces gouvernements, «la défense de la démocratie et des droits humains» en Amérique latine. Faisant fi des menaces de représailles commerciales lancées par l'Union européenne, premier partenaire économique de La Havane, Washington a encore plus nettement tourné le dos au rapprochement entamé sous le mandat du président démocrate Barack Obama. «Nous soutenons les patriotes pro-liberté de cette région», a déclaré le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche John Bolton, sous les applaudissements nourris d'élus d'origine cubaine et d'exilés qui avaient participé au débarquement de la baie des Cochons, rassemblés à Miami. Washington avait justement choisi le jour anniversaire – le 17 avril 1961 –  de cette tentative d'invasion américaine, qui s'était soldée par une défaite cinglante, pour faire ces annonces.

 «Une attaque au droit international»

«Ces nouvelles mesures vont aider à maintenir les dollars américains à distance du régime cubain», a insisté John Bolton. Plus tôt, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, avait annoncé que les Etats-Unis appliqueraient, à partir du 2 mai, le chapitre III de la loi Helms-Burton, datant de 1996.

Suspendue depuis plus de deux décennies par les présidents américains – démocrates comme républicains – pour justement ne pas froisser leurs alliés, cette loi doit permettre, notamment aux exilés cubains, de poursuivre devant les tribunaux fédéraux américains les entreprises qui ont réalisé des gains grâce à des sociétés nationalisées après la révolution de 1959.

«C'est une attaque contre le droit international et contre la souveraineté de Cuba et d'Etats tiers», a réagi le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez. Le gouvernement cubain a appelé dans un communiqué «tous les membres de la communauté internationale» et les citoyens américains eux-mêmes à «arrêter l'escalade irrationnelle et la politique d'hostilité et d'agression du gouvernement de Donald Trump». L'UE, premier investisseur étranger sur l'île, et le Canada, ont jugé la décision américaine «regrettable». Elle aura un «impact important» sur leurs entreprises, ont déploré la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström, la chef de la diplomatie de l'UE Federica Mogherini et la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland.

Selon le Conseil économique et commercial des Etats-Unis et de Cuba, les plaintes pourraient possiblement viser les compagnies aériennes américaines Delta, American Airlines et United, des chaînes hôtelières comme Marriott et Accor et d'autres firmes comme Pernod Ricard et Huawei. Le conflit pourrait atterrir devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

La secrétaire d'Etat américaine adjointe chargée des Amériques, Kimberly Breier, a souligné qu'il n'y aurait pas de «dérogations», mais que «la majorité des entreprises européennes ne ser(aie)nt pas inquiétées dans leurs opérations à Cuba», car elles ne traitent pas avec des bâtiments ou biens nationalisés après 1959. L'imminence de cette annonce avait cependant déjà provoqué une forte nervosité chez les investisseurs présents ou souhaitant venir sur l'île, ont indiqué plusieurs sources.

«Un moment clé»

John Bolton a plus tard encore renforcé la pression en annonçant que Washington allait en outre «restreindre les voyages non-familiaux vers Cuba» et limiter le montant des transferts d'argent envoyés depuis les Etats-Unis à 1.000 dollars par personne, par trimestre. Dans un pays où le salaire moyen est de 30 dollars par mois, ces transferts soutiennent une partie importante de l'économie des foyers. Cette décision représente «un moment-clé», a souligné le maire américano-cubain de Miami (Floride) Francis Suarez, dans des déclarations à l'AFP. Elle «assèche les moyens financiers des régimes castristes et communistes». Un ancien haut conseiller de Barack Obama, Ben Rhodes, a lui dénoncé sur Twitter une «abomination»: «Les Cubains souffrent depuis des décennies parce que trop d'élus américains tentent de se donner l'air dur à leurs dépens». Washington a également ajouté mercredi plusieurs sociétés cubaines sur sa liste noire d'entreprises qui ne peuvent pas bénéficier de transactions financières américaines directes, dont Gaviota, branche de l'armée cubaine dédiée au tourisme. Les Etats-Unis, qui accusent les autorités cubaines de soutenir le régime socialiste de Nicolas Maduro au Venezuela, ont dans la foulée imposé des sanctions contre la Banque centrale vénézuélienne. Des sanctions qualifiées d'illégales et immorales par M. Maduro dans une allocution télévisée.

Déjà en campagne pour décrocher un deuxième mandat, en 2020, Donald Trump n'a de cesse de dénoncer le «socialisme» et d'accuser ses opposants démocrates d'être liés à certains régimes latino-américains. (AWP)






 
 

AGEFI



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