Dix ans après la crise, les banques tentent de tourner la page

jeudi, 06.09.2018

Dix ans après la chute de Lehman Brothers, les établissements européens semblent avoir achevé leur redressement, épaulées par d'importantes aides publiques. Certaines banques continuent cependant à se débattre avec les derniers miasmes de la crise du subprime.

En Suisse, le numéro un, UBS, qui a essuyé un débours de près de 20 milliards de francs, ne doit sa survie qu'à l'intervention de la Confédération et de la Banque nationale suisse (BNS).

L'effet domino de la chute de Lehman Brothers a été restreint. Epaulées par les états européens, les banques ont pour la plupart présenté des résultats solides au deuxième trimestre 2018. Mais ce redémarrage semble lent et encore fragile.

"On a une industrie bancaire européenne dont les fondamentaux n'ont jamais été aussi bons ces dix dernières années, voire même avant crise", juge David Benamou, directeur des investissements chez Axiom AM. De lourds efforts ont toutefois été consentis, notamment publics.

Craignant un effet domino après la chute de Lehman Brothers, les Etats européens volent au secours de la finance. Ces aides prennent la forme de garanties, d'achats d'actifs ou de prises de participations allant parfois même jusqu'à la nationalisation.

950 milliards

Entre 2008 et 2010, 950 milliards d'euros d'argent public sont injectés directement dans le secteur financier européen et 3500 milliards sont apportés en garanties, selon un rapport du Parlement européen.

Car lorsque s'effondre le marché hypothécaire américain en 2007, la méfiance s'immisce entre les banques et la crise se propage rapidement en Europe.

La crise est profonde et pousse les sociétés financières à s'interroger sur leur modèle d'affaires. Dans l'euphorie financière du début des années 2000, beaucoup d'entre elles ont grossi rapidement - souvent trop - et se sont engagées - parfois aveuglément - dans des activités risquées de marché, dont le danger était alors sous-estimé.

En France, Natixis, la filiale d'investissement et de financement des réseaux Banque Populaire et Caisse d'Épargne, essuie ainsi une perte de 3 milliards d'euros en 2008. Aux Pays-Bas, le géant ING enregistre une perte de presque 4 milliards sur le seul quatrième trimestre.

L'écossaise RBS, plus grande banque du monde avant la crise, frôle la faillite et la franco-belge Dexia va progressivement au tapis.

En Suisse, le numéro un, UBS, qui a essuyé un débours de près de 20 milliards de francs, ne doit sa survie qu'à l'intervention de la Confédération et de la Banque nationale suisse (BNS).

Les établissements du Vieux continent se plient alors à un vaste exercice de purge, mené le plus souvent dans la douleur et les licenciements massifs.

Efforts payants

Les efforts semblent toutefois payer : recentrées sur les activités de coeur de métier et sur l'Europe, moins volumineuses, débarrassées de beaucoup d'actifs dégradés et forcés par les superviseurs de renforcer leur assise financière, les banques européennes ont pour la plupart présenté des résultats solides au deuxième trimestre 2018. Elles investissent à nouveau massivement pour s'adapter aux défis du numérique.

"Le pays où les banques sont vraiment sorties de terre et fonctionnent vraiment très bien, c'est la Grande-Bretagne. La France s'en est aussi très bien sortie et les banques sont très bien gérées", estime M. Benamou.

En Espagne, "il y a eu un énorme effort de restructuration qui a été fait à partir de 2013. Des banques comme CaixaBank ont fait une formidable transformation et ont ramené leurs prêts non performants proches de la moyenne européenne", salue cet analyste.

Reste que le redémarrage semble avoir été plus lent qu'ailleurs, car à la crise financière, se sont ajoutées à partir de 2010 une crise économique puis une crise des dettes souveraines en zone euro.

"Quand les banques américaines ou asiatiques ont pu rebondir assez vite après le choc, les banques européennes se sont un peu laissées empêtrer dans une crise des subprimes, qui est devenue une crise de l'immobilier puis une crise économique et de la zone euro", explique à l'AFP Pierre Gautier, directeur chez S&P Global Ratings.

"D'où une difficulté de rebondir parce que la croissance est restée faible et parce que la régulation leur demandait beaucoup d'efforts", en conséquence de quoi, "ce n'est presque que maintenant que les banques européennes se demandent comment croître à nouveau", ajoute cet analyste.

"Maillon faible"

Les difficultés perdurent d'ailleurs ici ou là. La banque italienne Monte dei Paschi di Siena, plus vieille banque du monde, a vécu de 2008 à 2017 une vraie descente aux enfers. Le groupe a multiplié les pertes ces dernières années et est considéré comme le maillon faible du système bancaire italien.

De façon générale, le volume de créances dégradées en Italie reste une source de préoccupation majeure pour investisseurs et autorités. En Allemagne, le géant Deutsche Bank et Commerzbank peinent aussi à tourner la page de la crise.(ats)






 
 

AGEFI



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