Développement durable, le programme pour l’Humanité

lundi, 02.03.2020

René Longet*

René Longet

Devant la stagnation des progrès pour les plus démunis du monde, les Nations Unies ont retenu à l’occasion du passage au 2e millénaire 8 «Objectifs du Millénaire pour le développement» (OMD), à atteindre jusqu’en 2015. Cette démarche s’est avérée porteuse d’une réelle dynamique. Puis, s’approchant du terme de la période retenue, un consensus se forma qu’il fallait passer du développement au développement durable, des relations Nord-Sud à l’universalité. C’est ainsi qu’en 2012, la Conférence des Nations Unies sur le développement durable a demandé de lancer un processus pour définir des Objectifs de développement durable (ODD).

Ces derniers «ne devraient pas faire oublier les Objectifs du millénaire» et être «... concrets, concis et faciles à comprendre, en nombre limité, ambitieux, d’envergure mondiale et susceptibles d’être appliqués dans tous les pays compte tenu des réalités, des ressources et du niveau de développement respectifs de ceux-ci ainsi que des politiques et des priorités nationales»

Vaste programme qui aboutit à ce qu’en 2015 l’Assemblée générale des Nations Unies put adopter 17 objectifs et 169 sous-objectifs dans le cadre de l’Agenda 2030. Ce document constitue un condensé de trente ans de débats, négociations, traités et programmes internationaux sur les divers enjeux du développement durable. A travers les ODD, il offre une définition concrète et normative de cette notion qui a pu paraître parfois peu palpable, peu opérationnelle.

Le tour de force mérite d’être salué: être parvenu, dans ce monde divisé, tourmenté, court-termiste et oublieux de l’essentiel, à produire un inventaire pertinent et cohérent des priorités pour la décennie en cours. Une manière de souligner le caractère précieux de l’ONU comme gardienne des intérêts de l’humanité!

Mais on n’arrivera pas au résultat voulu si on se limite à interpeller les Etats, et c’est pourquoi l’Agenda 2030 s’adresse également à d’autres acteurs. Les Nations Unies citent ici: les jeunes, les ONG, les collectivités locales, les travailleurs et leurs syndicats, le commerce et l’industrie, la communauté scientifique et technique, et les agriculteurs.

Les investissements nécessaires sont estimés entre 5000 et 7000 milliards de $ par an, soit quelque 8% du PIB mondial. Le but est de réallouer des ressources actuellement mal affectées. Au secteur public de ne plus subventionner les exportations agricoles vers le Sud ou les énergies fossiles et fissiles. Et au secteur privé de faire coup double: cesser de financer ce qui est mauvais pour la durabilité et converger autour de l’Agenda 2030.

Le but des ODD est ainsi de fédérer les engagements, mais aussi de permettre un suivi transparent et fiable des situations. A cet effet, les Nations Unies ont retenu toute une batterie d’indicateurs, le seul PIB ne nous étant ici pas d’une grande utilité. Il s’agira aussi de réduire l’empreinte écologique, qui pour la Suisse est près de 3 fois trop importante, l’Office fédéral de la statistique soulignant que «nous vivons (...) aux dépens des générations futures et d’autres régions du globe.»

L’Agenda 2030 n’étant pas un document contraignant mais d’orientation, son impact sera fonction de l’importance que lui accorderont les divers acteurs concernés. Plus nous serons nombreux à nous référer aux ODD, plus nous les renforçons. L’Agenda 2030 sera ce que nous en ferons.

* Expert en développement durable 






 
 

AGEFI



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