Développement durable, engagement volontaire ou standard pour tous?

lundi, 20.08.2018

René Longet*

René Longet

Apparue au moment de la chute du mur de Berlin et destinée à orienter nos actions quotidiennes, la notion de développement durable nous appelle individuellement et collectivement à un équilibre entre Nord et Sud, entre aujourd’hui et demain, entre homme et nature, entre moyens et besoins.

C’est, selon la commission des Nations Unies qui en est à l’origine, «un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion: le concept de besoins, et plus particulièrement des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations (…) de la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.»

Trente ans plus tard, la définition n’a rien perdu de sa pertinence. Toutefois, la durabilité se trouve sous les feux d’une double critique: celle, dominante, des tenants du «business as usual», du laisser-aller, laisser-faire - qui nous aurait si bien réussi jusqu’ici. Et celle de protagonistes de la décroissance, pour lesquels elle ne serait qu’une vaste entreprise de «greenwashing». Rappelons donc que les conclusions des sommets du développement durable ont toujours priorisé deux enjeux étroitement imbriqués.

Des pratiques à réguler

Il s’agit d’une part de la lutte contre la pauvreté et de la satisfaction de besoins élémentaires: eau potable, assainissement, formation, logement, revenu, alimentation, soins, protection sociale. Et d’autre part, de la gestion prudente et pérenne des ressources de la Terre, patrimoine commun de l’humanité. Pour nos pays, cela signifie valoriser les ressources renouvelables, passer de l’obsolescence à la réparabilité, généraliser le commerce équitable, intensifier la coopération au développement (durable)...

Le problème n’est clairement pas la notion de durabilité, mais l’insuffisante volonté de donner suite aux engagements pris. Il est dans l’écart, énorme, insupportable, entre les bonnes paroles des forums internationaux et la réalité, les lenteurs de la mise en œuvre et la dynamique des désagrégations et des déséquilibres. Il est dans le dogme de la non-intervention dans l’économie et le poids des lobbies du court terme, qui paralysent l’action publique et toute nouvelle régulation, aussi nécessaire soit-elle.

Si bien que la consommation et la production durables restent des marchés de niche, aux effets vite absorbés par le consumérisme ambiant. Les bonnes pratiques de la durabilité doivent maintenant être inscrites dans nos cadres régulatoires et devenir la loi de toutes et de tous. Tout autant que le furent sur nos routes la ceinture de sécurité et les limitations de vitesse.

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI




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