Deutsche Gate pour Donald Trump?

lundi, 03.12.2018

Michel Santi*

Donald Trump se déclara en faillite au début des années 1990, laissant aux plus importantes banques américaines une ardoise de 3 milliards et 400 millions de dollars. Le fiasco de ses projets et investissements mégalomanes en hôtels, en casinos, dans l’immobilier et même dans une compagnie d’aviation fit de lui un paria et le contraignit à trouver d’autres voies de financement. Il se tourna donc vers des créanciers privés, vers de petits instituts de crédit locaux... et vers Deutsche Bank qui cherchait alors à se faire un nom aux Etats-Unis dans le monde de la banque d’investissement et de l’immobilier commercial.

La première banque allemande ne lésina pas sur son soutien apporté à Trump et fut de tous ses coups pendant une petite quinzaine d’années. Ce partenariat pour le meilleur et pour le pire ne fut même pas remis en question par un procès intenté en 2008 par Trump à Deutche Bank et qui fut réglé à l’amiable. Jared Kushner, beau fils de Trump et actuel conseiller éminent à la Maison Blanche, ainsi que sa mère bénéficièrent également de facilités de crédit émanant de la Deutsche Bank se chiffrant à plusieurs millions. Selon l’agence Bloomberg, cet établissement fut même à l’origine d’un crédit de 300 millions de dollars accordé à Trump pour ses réalisations les plus récentes, à savoir son hôtel à Washington et son golfe à Doral.

Une inflexion dans la stratégie du procureur

Les perquisitions spectaculaires de ce jeudi 29 novembre menées par près de deux cent policiers allemands au siège de la Deutsche Bank à Francfort sont donc une très mauvaise nouvelle pour le président Trump. Il semble en effet que le procureur spécial Mueller – qui enquête sur une collusion présumée de Donald Trump et de son entourage proche avec la Russie – s’intéresse désormais aux finances du Président et de sa famille. Cette descente de police en Allemagne et ce raid massif sur Deutsche Bank serait – selon des sources bien informées – également provoqué par une commission rogatoire lancée il y a quelques semaines depuis les Etats-Unis par Mueller et qui démontrerait une inflexion dans la stratégie du procureur.

Effectivement, pendant de longue années, Trump fut accusé (sans preuve) de faciliter le blanchiment d’argent d’oligarques russes. Depuis Dmitry Rybolovlev qui avait acquis une de ses propriétés pour 95 millions de dollars – double de sa valeur réelle! – à 63 investisseurs russes qui auraient (selon Reuters) acquis pour un total de 100 millions de dollars d’appartements et de maisons estampillées Trump en Floride. S’ils étaient avérés, ces «recyclages» seraient constitutifs de montages classiques permettant de blanchir de l’argent.

Les montagnes russes financières du clan Trump

Dans l’affaire du Watergate, «gorge profonde» avait suggéré au journaliste Bob Woodward de s’intéresser à l’argent et à son cheminement. Le procureur Mueller – qui se concentre donc désormais sur les montagnes russes financières du clan Trump – semble s’être souvenu de ce conseil avisé. Voilà pourquoi les ennuis de Deutsche Bank sont de très mauvaises nouvelles pour Donald Trump.

*www.gestionsuisse.com - www.artradingfinance.com






 
 

AGEFI



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