Dette des entreprises: endettement croissant et baisse du crédit

mardi, 12.02.2019

Aabid Hanif*

Les bilans se sont largement améliorés ces dix dernières années grâce à la réduction des risques, ainsi qu’à la révision et au renforcement des business models. Toutefois, l’afflux de liquidité et les facilités de souscription, les taux d’intérêt bas et l’assouplissement quantitatif ont contribué à élever le nombre d’entreprises fortement endettées.

À ce stade du cycle économique, un endettement plus élevé présentent des risques importants. L’environnement de taux d’intérêt bas a permis aux entreprises de souscrire des emprunts, de réduire les rendements à long terme et de tirer profit de la déductibilité fiscale des intérêts payés. Sur la période 2011-2017, le ratio dette / PIB des entreprises mondiales non financières a augmenté de 15% à 96%. S & P Global Ratings, l’agence de notation, estime que la proportion d’entreprises fortement endettées (y compris les financières), c’est-à-dire dont le ratio d’endettement est supérieur à 5 fois, s’élève à 37% en 2017, contre 32% en 2007 avant la crise financière mondiale. Les taux de défaut restent bas même si la croissance de la dette a été forte. Avec des taux d’intérêt actuellement en hausse aux États-Unis, et censés augmenter en Europe en 2019, il est probable que les marchés financiers seront mis à l’épreuve et que les défauts de paiement seront plus nombreux. 

Un effet de levier élevé augmente la sensibilité d’une entreprise à la hausse de ses coûts de financement et réduit l’ accès à des financements supplémentaires. La capacité des entreprises à absorber les chocs est plus faible. Cette situation impacte la valorisation des obligations et des taux d’intérêts plus élevés pourraient aggraver les profils de crédit des émetteurs. En outre, des taux d’intérêt plus élevés augmenteront le coût marginal de la dette, bien que le coût moyen de la dette augmente plus lentement en fonction de la proportion de dette à taux fixe à longue échéance. En conséquence, un choc de taux d’intérêt prendrait plus de temps à se répercuter globalement que lors de la dernière crise. Cela dit, une augmentation forte et prolongée des rendements obligataires constitue un risque majeur pour la stabilité du système financier mondial. Les conditions de crédit restent favorables mais les perspectives à moyen terme sont négatives. Et les risques sont masqués par des taux de défaut relativement bas. 

La qualité du crédit se dégrade également? En en seul mot: oui. En témoigne, la note médiane des obligations (émise par S&P Global Ratings) a chuté depuis 1990 de la note «A» à la note «BBB» à fin septembre 2017. En analysant la distribution des notations de manière détaillée, et en les répartissant entre les émetteurs «investment grade» et les émetteurs «spéculatifs», nous constatons que la part des émetteurs «investment grade» est passée de 71% en 1990 à 51% en 2017 (données sur les neuf premiers mois de 2017) avec une augmentation correspondante de 20% des émetteurs spéculatifs. En outre, sur cette augmentation de 20% en grade spéculatif depuis 1990, 9% se situaient dans la gamme «BB» et 13%, dans la gamme «B». Si nous nous concentrons uniquement sur les titres de qualité «investment grade» («AAA» à «BBB»), nous pouvons constater que la qualité du crédit s’est détériorée. À l’échelle mondiale, jusqu’en 2017, 52% des obligations de qualité supérieure étaient dans la catégorie «BBB», contre 25% en 1990. Les notations «AAA» et «AA» représentant désormais 10% et 17% de moins qu’en 1990. Parallèlement à la baisse de la note médiane des obligations, cette évolution met en évidence une tendance inquiétante de la qualité du crédit à l’échelle mondiale. 

En conclusion, les niveaux d’endettement élevés ont accru la sensibilité des emprunteurs à des coûts de financement élevés, ce dont tous les investisseurs doivent avoir conscience.

*Senior Credit Analyst Indosuez Wealth Management






 
 

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