Investisseurs et biodiversité: un rôle croissant à jouer

mercredi, 05.08.2020

Des objectifs européens ont été fixés, en vue de placer au moins 30% des terres et des mers en zones protégées.

Jean-Philippe Desmartin*

Jean-Philippe Desmartin

Du 15 au 28 octobre 2020 devait se tenir, à Kunming en Chine, la COP 15 Biodiversité. La crise du Covid-19 en a décidé autrement. La date de son report n’est pas encore connue mais on sait d’ores et déjà que la France accueillera en janvier 2021, à Marseille, un One Planet Summit dans le cadre du Congrès mondial de la nature, organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). 

Si cette crise, à l’origine sanitaire, soulève de nombreuses incertitudes et pose des défis multiples, elle ne peut que faire écho à l’urgence climatique et notamment à la préservation de la biodiversité. D’autant plus que de nombreux experts ont relié la plus grande fréquence des zoonoses(1) au recul de la biodiversité, notamment en raison de la déforestation et l’artificialisation des sols.

Dans ce contexte, la Commission européenne a dévoilé le 20 mai dernier son plan Biodiversité 2030, l’un des deux piliers de son pacte vert présenté en décembre 2019 et qui a l’ambition de faire de l’Europe «le premier continent neutre sur le plan climatique d’ici à 2050». 

À noter que le second volet porte sur l’alimentation. Cette stratégie Biodiversité se veut «un élément central du plan de relance de l’Union européenne, dans la mesure où elle est essentielle pour prévenir l’apparition de futures épidémies».

La biodiversité est définie par la Convention sur la diversité biologique (CDB)(2) comme: «la variabilité des êtres vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie: cela comprend la diversité au sein des espèces, ainsi que celle des écosystèmes». Le plan présenté par la Commission européenne s’attaque aux principaux facteurs d’appauvrissement de la biodiversité, à savoir l’utilisation non durable des terres et des mers, la surexploitation des ressources naturelles, la pollution et les espèces exotiques envahissantes, etc.

Pour la première fois, des objectifs contraignants ont été fixés dans ce domaine au niveau européen, visant à placer au moins 30% des terres et des mers de l’UE en zones protégées, représentant une progression de 4% et 19% pour les écosystèmes terrestres et marins respectivement.

Plantation de trois milliards d’arbres d’ici dix ans

La Commission propose en outre qu’un tiers de ces espaces soient «strictement protégés», soit 10% du territoire européen. Elle envisage aussi des plans de «restauration». 25.000 km de rivières pourraient ainsi être remis en état. En 2021, devrait suivre une stratégie dédiée spécifiquement à la forêt. Elle pourrait concerner la plantation de trois milliards d’arbres d’ici dix ans et interdire l’importation de tout produit ayant participé à la déforestation. L’impact des activités humaines sur la biodiversité demeure encore le parent pauvre de la gestion durable par rapport au changement climatique. 

La capacité des investisseurs à intégrer progressivement dans l’appréciation des risques et les recherches d’opportunités les effets sur la nature et la biodiversité constituera un signal fort pour l’ensemble de l’économie. En tant qu’investisseur, nous nous devons de mieux prendre en compte dans nos modèles d’évaluation des entreprises l’impact direct de nombreuses industries sur la biodiversité. En dépit du manque de données homogènes publiées par les entreprises sur le sujet, nous en prenons l’engagement.

*Directeur de l’Investissement Responsable, Edmond de Rothschild AM

(1) Maladies transmises aux humains par des animaux.

(2) Traité international adopté lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992.

 

 

 






 
 

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