Comment affronter l’envol des primes de caisse maladie

jeudi, 20.09.2018

Des moyens existent, mais leur application exigerait un changement du mode de pensée à tous les niveaux.

Olivier Parenteau*

Dans le secteur de la santé publique, les coûts sont devenus incontrôlables et les primes des caisses maladie ne cessent d’augmenter - une réalité qui se vérifie d’année en année. N’y a-t-il vraiment aucune mesure qui pourrait endiguer cette explosion des coûts? Si, de tels moyens existent, mais leur application efficace exigerait un changement du mode de pensée à tous les niveaux. 

L’évolution démographique, le recours à des prestations médicales inutiles et les coûts élevés pour le développement de nouveaux médicaments sont notamment responsables de la flambée des dépenses.

Ces mesures fondamentales

A cela viennent s’ajouter des problèmes inhérents et des incitations inopportunes dans le système de santé même, et les principaux acteurs - assurés, caisses maladie et monde politique - sont prisonniers de leurs propres intérêts. Les solutions susceptibles de dépasser le stade du rafistolage ponctuel, voire de représenter une réforme durable du système de santé, semblent encore très loin. Or, si l’on analyse la situation de manière objective, on parvient à identifier un certain nombre de mesures fondamentales qui pourraient remédier à l’augmentation des coûts. 

Une approche efficace consisterait à engager davantage les assurés dans leur responsabilité, par exemple en augmentant la franchise minimale. Celle-ci pourrait passer de 300 à 500 francs et la quote-part de 10 %, inchangée depuis dix ans, pourrait également être augmentée. Cela hausserait le seuil à franchir quand on envisage de consulter un médecin pour des broutilles. 

Dans l’établissement des factures, on distingue entre «tiers payant» et «tiers garant». Dans la méthode dite du «tiers payant», médecin et pharmacien facturent leurs prestations directement aux compagnies d’assurance maladie des patients. Dans la méthode du «tiers garant» en revanche, c’est le patient qui est mis à contribution. Les prestataires facturent leurs services directement aux patients, qui peuvent se faire rembourser ensuite par leur assurance. Car seul le patient qui doit s’acquitter d’une prise en charge préalable envers le médecin ou le pharmacien se souciera de vérifier la facture ou, en cas de doute, choisira une boîte de médicaments plus petite.

En outre, ce système réduit les frais des caisses maladie, car elles ne doivent alors fournir une prestation que lorsque la franchise est épuisée. Quand il s’agit de traitements ou de médicaments coûteux, il est cependant possible de céder la créance au prestataire de sorte que ce dernier fasse le décompte directement auprès de la compagnie d’assurance.

Les modèles de «Managed Care» peuvent également engendrer une réduction des coûts. Dans le modèle de consultation téléphonique, l’assuré s’engage à d’abord contacter par téléphone un centre de conseil médical avant de se rendre chez un médecin. Dans de nombreux cas, cette mesure a pour effet de rendre la visite médicale inutile. En revanche, les modèles dits du médecin de famille (ou médecin de premier recours), fort appréciés, dans le cadre desquels le premier contact doit être établi à travers le médecin de famille, ne sont pas une solution universelle, car ils entraînent des coûts doubles.

Il convient aussi de revoir le catalogue des prestations couvertes par l’assurance obligatoire. La médecine alternative, par exemple, ne devrait figurer que dans l’assurance complémentaire. Chaque assuré devrait pouvoir décider de son propre chef de quelles prestations homéopathiques il souhaite profiter et les faire alors assurer individuellement dans le cadre des assurances complémentaires. 

Un problème supplémentaire est le fait que de plus en plus d’interventions médicales se font en mode ambulatoire. Or, leurs frais vont à la charge de l’assureur. Il est en effet dans l’intérêt de ce dernier de favoriser les hospitalisations, souvent plus coûteuses, car le canton dans lequel se trouve l’établissement hospitalier en subventionne une bonne partie des coûts. Même si pour le système de santé publique un déplacement des traitements hospitaliers vers les traitements ambulatoires résulte globalement en un jeu à somme nulle, une mise sur pied d’égalité de la part des cantons contribuerait néanmoins à éviter certains développements néfastes dans ce domaine.

Cependant, la plupart des mesures susceptibles de faire baisser les coûts se heurtent à la résistance du monde politique, des caisses maladie et des assurés. Or, seul un changement du comportement de tous les acteurs concernés permettra d’endiguer durablement l’augmentation des coûts du système de santé publique.

*Membre de la direction de Maklerzentrum Schweiz 






 
 

AGEFI



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