Des mesures qui ont le mérite de tenter un arbitrage raisonnable

samedi, 18.04.2020

Véronique Kämpfen *

Véronique Kämpfen

Des tests grandeurs nature. C’est ce à quoi nous assistons et participons depuis la date fatidique du 17 mars, jour qui a marqué le début du semi-confinement et de l’arrêt partiel de notre économie. Alors que les Etats, tout comme les entreprises, imaginent des scénarios de crise lorsque tout va bien pour en simuler et en préparer la gestion, la réalité se révèle pleine d’incidents à surmonter qui n’ont pas pu ou su être anticipés. Mais il faut être modeste face à un virus encore inconnu il y a quelques semaines. On ne peut que progresser par étapes. 

En ce sens, le plan de reprise annoncé par le Conseil fédéral jeudi passé est dans l’ensemble bien pensé. Certes, il y a des déçus parmi les branches qui devront patienter jusqu’au 8 juin pour une hypothétique reprise de leurs activités. C’est compréhensible. Mais le plan, aussi imparfait et incertain soit-il, a le mérite de proposer des phases, entre lesquelles le monitoring de la situation sanitaire et du respect des consignes d’hygiène et d’évitement social sera fait. Ce sont les principes de précaution, de prévisibilité et de progressivité qui se rejoignent: le déconfinement ne pourra se poursuivre qu’à la condition que tous les signaux soient au vert. Sinon, retour à des règles plus strictes. La manière dont devront se comporter les entreprises qui pourront à nouveau travailler est cependant floue, même si les branches ont d’ores et déjà fait des propositions concrètes à l’autorité sanitaire fédérale. Jusqu’au 11 mai, il faudra ainsi que l’on sache précisément comment les magasins autres que ceux qui peuvent actuellement être ouverts, auront le droit de reprendre leur activité. A quelles conditions leur plan de sécurité remplir pourra-t-il être accepté par les autorités fédérales? Comment ensuite le traduire précisément au niveau des entreprises? Dans chaque secteur, ce travail devra encore être affiné. L’utilité du masque fait l’objet de débats, mais certains prérequis connus, comme la distanciation sociale de deux mètres, sont essentiels, bien qu’ils soient parfois difficiles à réaliser. On le voit déjà dans les magasins alimentaires. Autant les distances sont bien respectées avant l’entrée et aux caisses, autant c’est la foire d’empoigne aux fruits et légumes. Autre exemple: dans les entreprises qui n’ont pas pu instaurer le télétravail pour tous, des bureaux ont été éloignés pour respecter les distances, du désinfectant est à disposition et des tournus ont été instaurés. Mais on voit des collègues de travail qui sortent fumer une cigarette au soleil, à une distance de toute évidence non réglementaire. On ne peut que répéter inlassablement les messages de protection et sanctionner lorsque c’est nécessaire. Chacun reste responsable de ses actes mais contribue à une responsabilité plus collective en appliquant les consignes. C’est ce respect qui doit permettre à la machine économique de reprendre, dans l’intérêt même de la lutte contre le virus.

A terme, une fois passées les trois phases annoncées du déconfinement, il faudra réapprendre à vivre ensemble, ce qui signifie aussi vivre avec la menace du virus, en attendant le vaccin. Entretemps, une mesure souvent évoquée est celle du test de toute la population, pour savoir qui est immunisé et pourra donc vivre normalement, et qui ne l’est pas, et devra donc continuer à vivre cloîtré. D’après ce que l’on sait, 10% de la population aurait été en contact avec le virus. Il en faudrait 60% pour que le taux d’immunisation soit tel qu’il permette de relancer sans risque la machine sociale et économique. Avec 90% des personnes qui ne sont pas affectées par le virus, il est déraisonnable d’attendre et de maintenir un confinement strict car les dégâts pour la société seraient alors plus importants que la pandémie elle-même. C’est pourquoi les propositions du Conseil fédéral ont le mérite de tenter un arbitrage raisonnable entre des impératifs tous dignes d’intérêt. 

Une fois la reprise effective, il faudra faire un bilan détaillé de toutes les mesures prises en Suisse et ailleurs, débusquer les manques et y pallier, tant d’un point de vue sanitaire, économique que social, pour que les crises à venir soient encore mieux gérées que ne l’est celle-ci. Ce n’est qu’en tirant la leçon de ce qui s’est passé que nous pourrons sortir grandis de cette pandémie et mieux affronter d’autres défis qui risquent bien de se présenter.

* FER






 
 

AGEFI



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