La malbouffe recule aux Etats-Unis

samedi, 11.03.2017

Des géants de l'alimentaire et des chaînes de fast-food sont de plus en plus nombreux aux Etats-Unis à bannir la production de viande associant des antibiotiques, signe d'une lente évolution au pays de la malbouffe.

La prise de conscience de l'industrie alimentaire ne se limite pas aux antibiotiques.

Après McDonald's et les magasins Wal-Mart, le groupe Tyson Foods promet désormaiis que les poulets vendus par ses nombreuses marques de produits préparés seront garantis 100% sans antibiotiques.

"Nous supprimons les antibiotiques humains parce que c'est l'approche la plus responsable pour concilier une préoccupation sanitaire mondiale et le bien-être animal", a précisé à l'AFP un porte-parole de ce géant de l'industrie alimentaire, qui recourra désormais à des traitements à base de plantes (origan, thym...).

Ces changements font suite aux alertes de la communauté scientifique sur le risque d'une utilisation généralisée d'antibiotiques, qui pourrait amoindrir l'efficacité des traitements contre la pneumonie et d'autres infections humaines.

En 2014, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait ainsi mis en garde contre une ère "post-antibiotique" dans laquelle des infections "bénignes" pourraient s'avérer mortelles.

Mais ces inflexions traduisent également une demande croissante aux Etats-Unis pour une alimentation plus saine.

"Nous voyons un appétit vorace des consommateurs pour une viande qui est élevée de manière responsable", affirme Lena Brook du groupe environnementaliste National Resource Defense Council.

La prise de conscience de l'industrie alimentaire ne se limite d'ailleurs pas aux antibiotiques.

Le groupe de restauration mexicaine Chipotle a ainsi banni les OGM de ses menus aux Etats-Unis en invoquant l'incertitude sur leur possible nocivité.

Les rayons "bio" continuent par ailleurs d'essaimer dans les magasins de la grande distribution comme Wal-Mart, Target ou Kroger, au point de tailler des croupières aux grands noms d'une nourriture saine comme Whole Foods.

Les importations de céréales et graines issus de l'agriculture biologique sont d'ailleurs en très forte augmentation aux Etats-Unis, relevait récemment le Wall Street Journal.

Résistances

L'ampleur du changement reste toutefois à relativiser, notamment sur une utilisation moins intensive des antibiotiques.

"Il y a sans aucun doute une demande forte et croissante pour cela aujourd'hui mais il reste encore à savoir si c'est juste un épiphénomène ou une tendance lourde", a indiqué Zain Akbari, analyste du secteur alimentaire au cabinet Morningstar, attribuant principalement l'élan actuel à la jeune génération aisée, les fameux "millenials".

Interdit dans l'Union européenne depuis 2006, le recours aux antibiotiques pour doper la croissance des animaux fait en revanche partie depuis des décennies des pratiques d'éleveurs américains qui ne semblent pas encore tous prêts à y renoncer.

Si 40 à 50% du poulet américain est élevé aujourd'hui sans antibiotiques, le pourcentage est bien plus faible pour le porc ou le boeuf.

Des groupes environnementalistes préparent d'ailleurs une action, qui passerait par le dépôt prochain d'une résolution d'actionnaires, pour pousser McDonald's à étendre ses changements à d'autres viandes tel le porc.

Certaines entreprises restent toutefois sourdes à ces appels tels que Kentucky Fried Chicken (KFC). Sanderson Farms, un des leaders du marché de la volaille américaine, a, lui, critiqué le surcoût lié à l'abandon des antibiotiques au profit de méthodes plus naturelles.

Dans une de ses publicités télévisées en 2016, ce groupe avait d'ailleurs moqué le mouvement antibiotique dans le secteur de la volaille. "Ce n'est juste qu'une astuce pour vous faire payer plus", raillait l'un des personnages, caricature de l'Américain moyen, dans ce spot.

Joe Sanderson, le patron de cette entreprise créée il y a 62 ans, a lui-même minoré l'appétit des Américains pour des viandes d'élevage dénuées d'antibiotiques.

"Tout le monde ne veut pas de ces produits", avait-il déclaré en février lors d'une conférence d'analystes. "Et tout le monde ne croit pas ce qui est dit sur ces produits." (awp)


 

 
 

 
 

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